10 conseils pour les marâtres à plein temps

1 octobre 2015

Parce que même si on s’embarque dans une famille recomposée en connaissance de cause, il n’est pas toujours facile de bien mener sa barque…

Le problème vient souvent du fait que les jeunes marâtres, en particulier celles qui n’ont pas encore d’enfants, veulent trop bien faire, s’évertuent à déconstruire la désastreuse réputation qui les précède, souhaitent être appréciées des enfants de leur compagnon, de leur belle-famille – et parfois même de leur ex – pâtissent bien souvent de l’inégalité dans la répartition des tâches ménagères, mais aussi de l’inégalité au travail et de salaires (tu travailles moins ou ton travail est moins « rémunérateur » , tu t’occupes plus des enfants, si le deal semble déjà injuste à nombre de femmes quand il s’agit de leurs propres enfants, cela devient plus difficile à l’endroit des enfants de l’autre) – et s’épuisent en cours de route, oubliant au passage qui elles sont, et même ce qu’elles font là. Quand on sait la fragilité des familles recomposées, mieux vaut se retrousser les manches et chercher des solutions ensemble. La difficulté est redoublée pour les marâtres à temps plein qui doivent assumer un rôle maternel plein auprès d’un enfant dont elles ne sont pas les mères. Faire la mère sans l’être, contourner l’absence d’attachement parental, inventer sa place dans un contexte de grand flou juridique et parfois émotionnel, la tâche n’est pas facile. Quelques conseils donc à mes com-mères pour trouver votre voie, inventer votre place et votre famille, le plus sereinement possible.

 

1- Trouver et aménager son territoire

Il est important, quand on débarque dans une famille qui a déjà une histoire, un passé, une famille qui nous préexiste, et que l’on n’a pas écrite, de pouvoir y trouver sa place. Sans rien brusquer, pour soi, pour les enfants, pour son compagnon, il est important de se donner les moyens de tourner la page pour pouvoir écrire ensemble cette nouvelle histoire. Le choix du lieu d’habitation n’est absolument pas neutre et peut se révéler un enjeu majeur – de discorde, ou d’accomplissement. Une femme peut très bien, et légitimement, ne pas souhaiter habiter dans la maison conjugale, au passé lourd et sans doute marquée par la personnalité de l’ancienne compagne, ses goûts, ses habitudes, sa façon d’organiser l’espace. Choisir ensemble son nouvel habitat, s’y investir, le décorer, faire le tri dans ses affaires respectives, impliquer tous les acteurs est un bon moyen, a contrario, de poser des fondations saines. Il ne s’agit pas de faire table rase, de débarquer tel un bulldozer et de tout démolir. Plutôt de construire quelque chose d’inédit, avec des ingrédients déjà existants, mais aussi, nécessairement, avec du neuf – vous, votre couple, etc. Ne pas brusquer les autres, mais ne pas se nier soi, c’est l’enjeu délicat de la nouvelle maison. Un petit conseil en cas de déménagement : se sentir chez soi peut tenir à peu de choses, des draps neufs, retaper un meuble dont la peinture ne nous plaît pas, etc. Pas besoin d’investir dans un tout nouveau mobilier. Plus encore que dans un couple traditionnel, les couples de familles recomposées doivent composer avec leur histoire, leurs meubles, leurs affaires, leur bazar, leurs goûts, les jouets des enfants, etc. C’est une hybridation complexe et hasardeuse qui ne peut fonctionner qu’avec la bonne volonté de chacun – et pas seulement celle de la jeune marâtre qui, sans enfant, a moins de bagages. Faire accepter ce changement, pour le meilleur et pour l’avenir, aux enfants n’est donc pas une mince affaire, mais cela est tout à fait faisable. Il faudra les impliquer aussi, simplement, dans la personnalisation de ce nouvel espace, la décoration de leur chambre, afin qu’ils se sentent chez eux dans une maison qui leur ressemble aussi. Prévoir un petit tour dans les magasins en tête à tête, pour acheter un bibelot, une affiche, une couverture. Cela ne suffira pas, bien sûr, mais c’est déjà un bon départ.

2- Etre bien chez soi
J’ai remarqué à force de lectures que les marâtres éprouvaient parfois / souvent un sentiment d’étrangeté dans leur propre famille s’y sentant moins légitime, pas ou peu à leur place. Je dois avouer être passée par là moi aussi, et continuer, après une mauvaise journée, de traîner cette drôle de sensation d’être spectatrice de mon quotidien, étrangère dans ma maison, que les choses m’échappent, ou encore qu’il me faut assumer les conséquences de décisions que d’autres prennent sans en prendre moi-même, etc. Quand on vit avec l’enfant d’un autre couple, la tentation est en effet forte de se sentir exclue de sa famille, illégitime, étrangère. Il nous faut assumer un rôle maternel au quotidien sans être mère, et surtout sans outrepasser notre rôle. Mais quel est-il au juste? quelle est notre place, légale ou non, auprès de cet enfant? A nous de tout inventer, et force est de constater que ce n’est pas de tout repos. Là, il faut remettre les choses à plat et les points sur les i. On est chez soi, dans sa maison, et on vit sa vie, à soi. Mais sa vie, que l’on a librement choisie, est avec cet homme et son / ses enfants. Voilà. On est légitime, et cette légitimité c’est d’abord la notre, liée à notre personne et notre personnalité. S’effacer, se mettre de côté c’est prendre le risque de donner une existence réelle à nos peurs – un peu comme Oedipe qui réalisait d’autant plus sûrement la prédiction de l’oracle qu’il tentait désespérément de la fuir. Il faudra sans doute se roder un peu, le temps que chacun accorde son violon, mais c’est un point essentiel, je crois, à l’équilibre de la maison.

3- Savoir se faire respecter
On se sentira d’autant plus à sa place et dans sa propre maison que l’on saura gagner le respect, à défaut de l’affection ou de l’amour, qui prennent eux plus de temps. Le respect pour soi en tant que personne, et en tant que femme / compagne du père. Pas question de tergiverser, son rôle est ici central. C’est en effet lui qui doit d’abord assurer la concorde de la nouvelle famille, étant le noeud qui relie tous ses membres. « T’es pas ma mère ». Nous l’avons toutes entendue celle-là, ou nous l’entendrons toutes au moins une fois. Rien de dramatique et surtout une plate vérité. « Oui, en effet je ne suis pas ta mère, je ne cherche pas à l’être et je ne le serai jamais. Tu as une mère, irremplaçable, moi je suis autre chose, cherchons ensemble ce que cela peut être. Mais ce n’est pas pour autant que tu as le droit de me manquer de respect, car je suis une personne, et je m’occupe de toi », voilà ce que je réponds ou ai répondu à mon beau-fils en contexte un peu tendu. Mais cela ne suffit pas. Le père doit intervenir pour ne pas laisser sa compagne défendre seule une place qu’il est à même, lui, de clarifier. « Oui, ce n’est pas ta mère, mais c’est ma femme ». Clairement, sans amertume ni colère, la mise au point est nécessaire. Le reste, naturellement, suivra: petit à petit gagner la confiance, renforcer les liens qui se tissent au quotidien, à force de patience, de soins, et d’attention.

4- Etablir des règles
Afin de ne pas cumuler rancoeurs et frustrations, il faut savoir se faire aider, et pour cela clarifier les choses le plus tôt possible. La première de toutes les clarifications doit avoir lieu avec le père. Et selon moi, les choses devraient être simples: postuler avec son compagnon qu’il doit, par défaut, s’organiser avec ses enfants comme si nous n’étions pas là, ce qui ne signifie pas que nous ne nous occupons pas aussi (beaucoup). Simplement, nous ne devons pas devenir la variable d’ajustement de son emploi du temps ou de celui de son ex compagne. Et sauf cas très spécifiques, type adoption simple, demander aux belles-mères le même type de dévouement parental qu’à une mère me semble déraisonnable. Ensuite, ce n’est pas parce que la belle-mère n’est pas la mère qu’elle n’a pas le droit d’avoir un rôle éducatif auprès de l’enfant dont elle s’occupe et de lui demander de l’aide à la maison. Il s’agira donc, pour le bien de tous, d’établir des règles simples de la maison, écrites noir sur blanc avec le concours de chacun: faire son lit, aider à mettre la table, ranger ses jouets, se brosser les dents à telle heure, etc.

5- Ne pas se gêner
N’étant pas la mère de l’enfant qu’on éduque, nous sommes souvent tentées de voir dans nos interventions éducatives un débordement illégitime. On n’ose pas dire, parce qu’on a peur de transgresser les frontières notre rôle. Outre que personne ne saurait dire en quoi il consiste précisément ce rôle, je crois que le mieux que nous ayons à faire en la matière est de se débarrasser de la gêne, reliquat de cette impression d’illégitimité, et d’éviter à tout prix le piège de la justification. Dire ce qu’il y a à dire donc, calmement et avec bienveillance, comme si c’était notre enfant.

6- Continuer à vivre sa vie
Construire une famille recomposée, pacifier les relations entre ses membres, inventer sa place et son art d’être belle-mère, impulser un mouvement pour regarder vers l’avenir, tout ceci demande une énergie considérable, difficilement exprimable. Conserver l’énergie nécessaire pour ne pas s’oublier, ou se désagréger soi dans cette mission que l’on s’est donnée – bâtir et faire tenir cette famille – peut sembler parfois tout bonnement hors de portée. Notre énergie tout entière tournée vers l’extérieur – famille, enfants, foyer – déserte notre noyau. Pas question de se laisser embarquer dans cette mauvaise spirale – outre qu’elle est absolument délétère pour soi, c’est le plus sûr moyen de fragiliser ce pour quoi on a tant donné. Paradoxalement donc, pour que tout tienne debout, il va falloir apprendre ou réapprendre l’égoïsme et faire des choses pour soi – seule. Un dîner entre copines, une routine sportive, un travail bien à soi, son propre réseau social, etc. Ne pas diluer son individualité dans cette entreprise de taille qu’est la famille recomposée.

7- De la bienveillance
Etre égoïste à juste titre ne signifie pas devenir une garce ou une marâtre ancien régime. Bien évidemment, cet enfant qui n’est pas le notre, et qui vit une situation difficile – d’autant plus difficile et moins fréquente s’il vit au quotidien avec sa belle-mère plutôt qu’avec sa mère – il faut l’accueillir et le considérer avec empathie, compréhension, patience et générosité. On peut naturellement être ferme – encore une fois, comme on le serait avec son enfant – mais à la condition expresse de ne jamais oublier d’être bienveillante à son égard. Pas de jugement explicite sur l’autre parent, pas de dénigrement, pas de moquerie, etc. mais cela me semble aller de soi.

8- Faire des activités en tête à tête avec son bel enfant
Pour donner une vraie chance à cette relation fragile et balbutiante avec son bel-enfant, il faut, je crois, ménager des moments de complicité à deux. Prévoir des activités, des sorties en tête à tête, afin de créer une relation indépendante du père. Montrer à l’enfant qu’il compte pour vous, que vous le considérez comme une personne et que vous le connaissez, qu’il n’est pas un obstacle dans votre vie mais en fait bel et bien partie. Lire une histoire à deux, acheter un vêtement ensemble, faire une sortie au parc, lui apprendre à lire l’heure ou à faire ses lacets, autant d’implications et de partages qui bâtiront avec le temps une relation authentique.

9- Prévoir des bulles pour son couple
On le répète souvent et on l’entend beaucoup : le problème des familles recomposées c’est qu’elles sont tournées vers le passé. Elles regardent davantage les problèmes hérités et travaillent à des solutions qu’elles n’élaborent des projets pour l’avenir. Divorce et gestion des biens, pension alimentaire, problèmes de garde, conflits, procédures etc. C’est épuisant. Difficile dans ce contexte de ne pas s’essouffler, de conserver l’énergie nécessaire pour entreprendre et se projeter. Difficile aussi de faire exister son couple, de regarder devant soi quand il est lesté du passé. Alors il faut en prendre soin, comme de tous les couples, mais plus encore. Par exemple prévoir un déjeuner à deux tous les quinze jours ou plus fréquemment pour se retrouver, couper sa routine, aller au cinema, visiter une exposition. Faire garder les enfants par ses parents, une soeur, une copine, une baby-sitter. Poser un jour de congé et flâner dans les rues quand les enfants sont à l’école. Les possibilités ne manquent pas, il faut simplement leur donner un petit coup de pouce pour les faire advenir.

10- Inventer sa famille
Construire une famille recomposée c’est faire du neuf avec du vieux, inventer une nouvelle histoire et de nouvelles relations a partir d’un canevas, d’une trame déjà existante. Cela demande beaucoup d’effort, d’imagination, de travail, d’investissement et de bonne volonté. Accepter le passé mais regarder quand même et surtout vers l’avenir. Ne pas être la mère de cet enfant-là, faire comme si, l’accepter, l’accueillir dans sa vie. Avoir un nouvel enfant ou pas. Déménager, ou voyager. Les familles recomposées sont très bigarrées, toutes les configurations, ou presque, existent. Elles sont pleines de ressources et d’imagination. Elles sont belles, fortes, fragiles aussi. Ce qui leur manque parfois c’est simplement un peu d’aide, de clairvoyance et de la bienveillance.

Des petites attentions pour big G… 

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8 Comments

  • Reply Amélie 1 octobre 2015 at 9 h 36 min

    Intéressant et plein de bon sens. Je ne suis pas belle-mère, juste maman, mais j’apprécie la justesse des mots et ta plume, toujours autant !

    • Reply Cecilia 1 octobre 2015 at 9 h 55 min

      Merci Amélie!!! <3

  • Reply LN 1 octobre 2015 at 11 h 42 min

    Tellement vrai! pas si facile cette vie de famille recomposée.
    Et souvent les mauvaises langues sont là pour vous le rappeler!
    merci pour cet article 😉

  • Reply Lorelei 1 octobre 2015 at 13 h 33 min

    Lorsque ‘j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari, il avait deux petits garçons de son premier mariage. 3 et 7 ans. Les choses se sont faites rapidement et naturellement et j’ai emménagé avec lui très vite. Nous avions les enfants un week end sur deux. Et c’est vrai que même si ça semble peu, ça a été difficile pour moi car nous commençions tout juste notre histoire, et j’avais l’impression de n’avoir jamais de temps libre avec mon chéri. Ce qui est important au début.
    C’est un vrai papa poule, et bien sûr ils étaient encore fragilisés par le divorce de leurs parents, donc notre relation est un peu passée au second plan lorsqu’ils étaient à la maison.
    J’ai eu aussi du mal à trouver une place dans leur relation, mais aussi à la maison. J’étais un peu perdue.
    Et puis les choses se sont améliorées avec le temps. Aujourd’hui ils sont ados, donc c’est encore autre chose…
    Je les aime beaucoup, mais je n’arrive pas à m’attacher à eux comme je le suis avec nos enfants nés depuis. Si je ne les vois pas pendant un mois ils ne me manquent pas par exemple.
    merci pour cet article 😉

  • Reply Super-marâtre 1 octobre 2015 at 15 h 11 min

    Superbe article!
    Je vis également avec mes beaux enfants à temps plein et cela n’est pas facile tout les jours de trouver sa place, de se trouver des moments en couple… et malgré mon statut de marâtre depuis presque 5 ans (et aussi de maman car j’ai également un enfant d’une première union) je trouve toujours ce rôle très difficile… Nous espérons bientôt pouvoir accueillir un petit bout à nous, et en attendant que la nature fasse son travail, je vais essayer de suivre au mieux les conseils de ton article qui a l ‘air d’avoir été écrit pour moi! 😉 Bises !

  • Reply van 30 octobre 2015 at 14 h 55 min

    Très bel article, joliment écrit et chouette blog.

    Je me retrouve un peu dans cet article sauf que moi je suis la maman, ma compagne « la marâtre » avec tous ces cotés négatifs…. Composer avec tout le monde, faire avancer tout le monde, tout en essayant t de construire à coté notre vie. Pas facile tous les jours.

    Merci

  • Reply Tonkin Voyage Vietnam 28 juin 2016 at 2 h 08 min

    Genial votre article!

  • Reply Christine Kerverdo 6 février 2017 at 12 h 15 min

    De bonnes idées et un ton sympathique, j’aime surtout le paragraphe sur la bienveillance, c’est un aspect qui n’est pas suffisamment mis en valeur ailleurs. Merci Cécilia

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