9 jours sans elle.

13 juillet 2015

9 jours, 5506 km.

Nous l’avons fait. Nous avons passé 9 jours loin. Elle sans nous. Nous sans elle. Ce n’était pas la première fois. Mais c’était la plus longue et sans doute la plus éprouvante. Elle plus grande, plus expressive, plus consciente nous a d’autant plus manqué que nous sommes littéralement fous de la petite personne qu’elle devient. Sa voix, ses chansons, ses blagues, sa peau, son regard malicieux, sa petite main qui se promène le long de mon cou, sa douceur, sa malice. Oui, elle nous a assurément manqué notre petite chérie.

Pas tellement les premiers jours, où nous étions à la fois fébriles et fatigués du voyage, anxieux de nos conférences, heureux de nous retrouver. Nous étions centrés sur nous et nos interactions académiques, incrédules de n’avoir rien d’autre à penser que nous. Pour une fois, lui papa de famille nombreuse et moi marâtre sur le grill, nous n’étions que P. et Cécilia. Entourés de nos amis, de nos collègues, bavardant légèrement, sérieusement, travaillant à des projets, des livres, des articles. Lui et moi, flânant sans se soucier de rien, jaloux de notre lit vraiment conjugal, enchaînant les conférences et les verres entre amis. Moi ravie de renouer pour de bon avec ma recherche, des projets qui prennent forme, d’autres qui se concrétisent. Avoir de nouvelles hypothèses, en affiner d’anciennes, ajuster des arguments. Echanger avec mes pairs, mes modèles, mes amis. Sentir à nouveau l’épaisseur de mon individualité. Mon cerveau non parasité par les soucis de la belle-doche et ceux du quotidien. Loin, très loin, à 5506 km, les ex, les procédures, les injures.

Mais un peu plus chaque jour, le manque d’elle, d’abord discrètement logé au fond de mon coeur, se faisait sentir plus vigoureusement, et grignotait des parcelles de ma conscience. Je dévorais chaque photo reçue, chaque film partagé où je devinais ses jeux, ses rires, et sa moue, chaque morceau d’elle qui me parvenait, je voulais m’en imprégner, m’en repaître, le garder jalousement comme un petit trésor. Les anecdotes que me racontait ma mère étaient pour moi des histoires extraordinaires et je guettais ses mails comme une amoureuse. Ma mère a raconté à Sasha que je lui avais envoyé des baisers dans le ciel. D’après elle, Sasha a regardé en l’air les yeux émerveillés comme si je l’avais vraiment serrée contre moi et couverte de baisers… Une fois mon « talk » fini, la descente, et son absence encore plus sensible. Le dernier jour, je l’avoue, j’avais vraiment hâte de monter dans l’avion.

Peut-être que pour elle aussi la séparation a été plus intense que les précédentes, du fait, justement, de sa nouvelle maturité. Plus armée pour comprendre ce qui se passe et lui arrive, elle est également plus consciente du manque. Mon bébé n’en est plus tout à fait un, c’est déjà un brin de petite fille, et cela change tout. Mais j’ai l’impression qu’il en est allé pour elle un peu comme pour nous. D’abord la fête, puis un petit spleen. Le kiffe chez tata, avec une double ration de tatas trop cool, des kinder et des princesses. Les câlins et l’amour fou chez mamie, aux petits soins, attentive de tout. Les nouvelles habitudes, les journées qui passent à toute allure, les découvertes, le chien, l’éclate avec les cousins. Elle n’a même pas pris la peine de remplir le cahier des dodos que mamie lui avait préparé, guère plus intéressée que ça de savoir quand on se retrouverait… Ce n’est qu’au bout de quelques jours que Sasha a commencé à demander un peu ce qu’on foutait là-bas au Canada, trouvant sans doute que 9 jours pour bosser dans un avion (c’est ce qu’elle avait retenu de mon briefing) c’est quand même bien long.

Et puis les retrouvailles. J’avais imaginé sa timidité, ou qu’elle me bouderait. Mais Sasha a ri. Elle a ri d’un rire magnifique, incrédule, un rire de bonheur que ne sait pas s’exprimer. Elle a ri de nous voir quand elle a ouvert la porte, et encore 15 minutes après. Elle ne savait plus où donner de la tête – et papa, c’est toi, et maman, viens là, papa, maman, papa, maman… accompagnant le tout de son joli rire qui n’y croyait pas de nous voir là, de nous toucher et de nous sentir. Moi non plus je n’y croyais pas de revoir ma fille, de la toucher, de la sentir. Je voulais la manger, la serrer très très fort, la recouvrir de baisers. Les séparations ont ceci de bizarre et beau qu’elles rendent encore plus magique et vibrante la présence des aimés. Hier, retrouver ma fille était magique.

Merci maman et mes soeurs, Margaux en particulier, de vous être occupées de Sasha avec tant d’amour, de patience et… d’amour! Merci Jean-Marc d’avoir supporté patiemment mon petit bout d’ouragan pendant une semaine! Je sais la chance extraordinaire que j’ai de vous avoir, de pouvoir compter sur vous et vous confier mon trésor les yeux absolument fermés. Vous me permettez à chaque fois de partir sereine et vous offrez de merveilleux souvenirs à Sasha, merci!! 

Je n’ai pas de photos d’elle, mais quelques clichés du street art de Montréal – ville la plus sympathique du monde, sur laquelle je vous ferai un post très bientôt. 

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4 Comments

  • Reply mamanlouve 14 juillet 2015 at 9 h 55 min

    Ah c’est top ! Bravo bravo tu me donnes beaucoup de courage pour réussir à jour à le faire. Tu dis quelque chose auquel je n’avais pas pensé : je me disais que quand il serait plus grand ce serait plus facile mais c’est vrai que ta fille a + la notion de manque en fait. J’avais pas pensé à ça, zut !!! Tes photos sont sublimes ! Ça a l’air magnifique Montréal, hâte de voir ton billet !

    • Reply Cecilia 14 juillet 2015 at 10 h 12 min

      Merci Mamanlouve 😉 Oui, c’est bizarre, ils sont beaucoup moins dépendants et plus conscients, et du coup leur réaction change de tonalité – ils sont peut-être moins paniqués, mais plus tristes, et en même temps ils sont plus armés pour affronter cette tristesse – je ne sais pas… Montréal est géniale, pas la plus belle ville du monde, mais de loin la plus cool, et le street art y est omniprésent et hyper réussi!

  • Reply Lexie 15 juillet 2015 at 21 h 02 min

    Bon retour chez toi 🙂

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