Avorter quand on veut d’autres enfants, et quelques réflexions sur la contraception

30 septembre 2015

Au départ je ne voulais pas publier ce texte ici, pensant qu’il trouverait mieux sa place ailleurs. Mais il n’y a pas de place pour parler de l’IVG. L’important, c’est qu’on en parle. #IVGcestmondroit

Hier ou (avant-hier), c’était la journée mondiale du droit à l’avortement. Un droit, âprement acquis. Après les aiguilles à tricoter, les ventouses, et autres cocktails de plantes, après les avortements auto-induits ou ceux pratiqués par faiseuses d’ange, avorter est devenu un droit français en 1975, encadré par une pratique médicale sûre, gratuite, respectant l’anonymat et l’intégrité physique des femmes. A condition de montrer qu’elle était en situation de détresse -condition absurde fort heureusement abrogée il y a peu, provoquant les cris d’orfraie de la droite conservatrice- la femme pouvait disposer librement de son ventre.

Non ce n’est pas la panacée d’avorter, ce n’est pas une partie de plaisir, ni une fête ou un rite sacrificiel des rebuts de l’humanité. Avorter est un choix, une liberté à disposer de soi et de son corps -un droit que par défaut aucun homme ne s’est jamais vu refusé, cet homme qui ne connaît pas dans sa chair ce lien qui enchaîne le sexe à la grossesse.

Avorter est un droit. Cela signifie que les femmes peuvent y avoir légalement recours quand elles en conçoivent la nécessité. On n’avorte pas sur un coup de tête, ou pour s’amuser. On avorte parce qu’on estime, en toute conscience, qu’on ne peut mener à bien cette grossesse et cette maternité. On n’avorte pas par faiblesse, par inhumanité, par bêtise, ou par lâcheté. On avorte parce que notre ventre nous appartient et qu’aucun autre humain n’a le droit de nous imposer ce qui doit ou non s’y dérouler -ni médecin, ni mari, ni agresseur, pas même la bienséance.

J’ai avorté. C’était un tabou. Un tabou pour moi, pour mon entourage, pour ma famille. Je n’en ai que très peu parlé, et je conçois aujourd’hui l’absurdité de mon silence. Parler de son avortement n’est pas impudique. Parler de son avortement n’est pas déplacé. Parler de son avortement est une nécessité politique et sociale. Parce que c’est un droit attaqué. Parce que c’est un droit parfois bafoué. Parce que certaines en ont honte. Parler de l’avortement et de la contraception, parler du viol conjugal et du viol tout court, parler de son cancer et de sa mastectomie. Parler de ce qui est tabou et de ce qu’on nous renvoie trop souvent à la figure, ce qu’on confine bien volontiers et paresseusement à l’intime, au privé, à ces sphères qui ne sauraient se dire en public autrement que par indécence et toupet. Mais comment ne pas voir que ces sujets nous dépassent en tant qu’individus, nous excèdent en tant que personne? C’est pourquoi nous devons en parler. Parler, les rendre publics, pour les femmes, et les hommes, les générations à venir et les plus faibles que nous. Car ces sujets de société, ces problèmes proprement chiffrés sont aussi des situations vécues individuellement et subjectivement – ce sont des jeunes filles qui parfois n’osent pas, ont peur d’être jugées, ce sont des femmes qui doivent montrer par a + b qu’elles n’agissent pas par caprice et se justifier.

Affiche_campagne_IVG-800x449

Se taire de peur de choquer c’est donner raison aux censeurs, c’est intérioriser la culpabilité, l’infériorité et l’inconsistance qu’on prête aux femmes qui ont recours à ce qui leur est pourtant reconnu par la loi comme un droit.

La femme qui avortait était, jusqu’au 31 juillet 2014 (date de suppression de la mention explicite de la détresse), implicitement en situation de détresse. C’est sa détresse qui, depuis le texte de  1975, légitimait son recours à l’IVG. Si, au nom de l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, celle qui avorte n’est plus obligée de satisfaire cette clause infantilisante, force est de constater qu’elle doit toujours correspondre, implicitement du moins, à un portait type – désorientée, sans ressources, sans éducation, irresponsable, paumée. Elle doit se débarrasser de cet enfant car elle ne pourrait s’en occuper. Et sans cela vaut sans doute mieux comme ça. Pour l’enfant comme pour la société.

Mais la femme qui avorte n’existe pas. Il n’existe que des femmes. Avec leurs histoires, leurs parcours, leurs cultures. Leurs ventres. Il existe mille et une raisons d’avorter. Il existe des situations désespérées, il existe des femmes sans ressource, il existe des lycéennes en seconde, mais il existe aussi des femmes qui choisissent d’avorter pour préserver leur liberté, leur autonomie, leur indépendance. Des femmes pour qui l’avortement est moins un renoncement ou une perte qu’une préservation d’elles-mêmes, de leur santé mentale, de leur intégrité physique.

J’ai avorté alors que je veux d’autres enfants. J’ai avorté alors que je ne connais pas de problème matériel, que je suis éduquée (comme on dit dans les statistiques), que j’ai une famille. J’ai avorté parce que c’était une nécessité pour moi à ce moment-là. Ai-je besoin de donner d’autres justifications que celle-là quand c’est mon droit? Ai-je besoin de m’excuser auprès de mon médecin et de me confondre en justifications? Ai-je besoin de culpabiliser et de me ronger les sangs? De payer symboliquement ce droit controversé? Je suis une femme, adulte, responsable, intelligente.

648x415_manifestation-droit-a-avortement-a-contraception-a-granoble-1973

J’ai été sermonnée par un médecin qui m’a seriné mon irresponsabilité, mon inconscience, mon ambiguité vis-à-vis de la maternité. Moi, diplômée, mère, gérant une famille recomposée complexe, je n’étais pas capable de surveiller mon propre ventre. J’étais coupable de négligence. Plus coupable encore que la jeune fille ignorante en matière de contraception. Moi, j’étais coupable justement parce que ça m’était arrivé à moi, alors que ça ne devait arriver qu’aux autres. C’était non par un défaut de connaissance mais en raison d’une faute morale que j’en étais arrivée là. Voilà, en substance ce qu’on m’a raconté.

J’espère que tous les médecins ne tiennent pas ce genre de propos à leurs patientes, car d’autres moins déterminées que moi auraient sans doute abandonné avant que ne prenne fin l’interminable délai de réflexion qu’on nous inflige. J’espère que les médecins savent bien que lorsqu’une femme a décidé d’avorter c’est qu’elle y a déjà bien pensé. Toutes celles qui sont passées par là le savent. C’est un droit, et un acte médicalement simple qu’il convient de ne pas dramatiser. Cela n’en fait pas pour autant un acte anodin. Entre les règles routinières et le massacre brandi par les pro-life, entre l’amas de cellules anonyme et le proto petit humain, il existe un territoire complexe, informe, il existe un acte qui justement s’appelle avortement. Avorter est une réelle épreuve physique et psychique, mais cela n’en fait pas pour autant un traumatisme dont les femmes seraient les victimes (bêtement) consentantes. Et le simple fait qu’une femme soit prête, en toute conscience, à l’affronter devrait nous inciter à l’accompagner plutôt qu’à la culpabiliser. On m’a dit, afin sans doute de légitimer la leçon qu’on me donnait, que certaines femmes avaient de nos jours tendance à confondre avortement et contraception. Je ne sais pas qui sont ces femmes ni si elles existent. Et j’ai la faiblesse de penser que si de telles femmes existent, leur pratique (systématique?) de l’avortement devrait tout autant interroger notre politique en matière d’éducation, de prévention et d’accompagnement que leur discernement, leur morale viciée, ou leur impotence.

J’ai avorté. Parce que ce n’était pas possible pour moi à ce moment-là. Faut-il punir cette incapacité du seul fait que mon ventre peut porter des enfants?

Quoiqu’il en soit, cet incident de parcours comme on pourrait pudiquement le nommer, m’a contrainte à m’interroger sur la contraception et ma connaissance de mon ventre. Et autant le dire tout de suite, ne pas tomber enceinte est un véritable parcours du combattant depuis mon accouchement.

Il y a eu la pilule et ses scandales, et le souhait de passer à autre chose. Un rejet de stérilet, et une contre-indication pour une nouvelle pose. La pilule quand même et malgré moi, donc. Et puis le refus d’un pharmacien gentleman de me délivrer mon précieux cachet, un jour de vacances, quand ma prescription était dépassée. Il a suffit d’une seule fois.

Ma sexualité a toujours connu la contraception. Je n’ai jamais eu à associer la peur de tomber enceinte au plaisir de faire l’amour. Je suis comme les filles de ma génération, je fais l’amour légèrement – j’ai toujours connu la pilule -, dangereusement aussi – j’ai toujours connu le Sida.

Le sexe n’a jamais été pour moi lié à l’angoisse des grossesses non désirées, mais il a toujours été chevillé à la peur de la maladie.

Alors que ma grand-mère a connu les fausses couches à répétition, les accouchements sous anesthésie générale et les avortements clandestins, j’ai grandi en adhérant à un droit fondamental – mon ventre m’appartient.

Il m’appartient et c’est une conquête indéniable, mais voilà, je ne le connais pas. Je ne connais de lui que ces cycles artificiels, légers et sans douleurs. Je ne sais plus à quel point ce qu’on appelle « vie » peut s’y accrocher facilement. J’ai désappris qu’il était fertile.

On m’a dit: tu es une femme, ton ventre est à toi.

Puis j’ai voulu disposer de ce droit,

Et on m’a fait sentir fille de rien – enfant, irresponsable, qui nécessairement ne peut savoir ni ce qu’elle veut ni ce qui est bon pour elle.

Un droit dont on ne disposerait pas librement, recouvert de tant de silence et de tabous est sans doute un droit qui a encore du chemin à faire.

Rendez-vous sur Hellocoton !

You Might Also Like

15 Comments

  • Reply Marie 30 septembre 2015 at 10 h 35 min

    très bel article, très humble, très intime. très vrai.
    Et merci à tous ces pharmaciens (débiles) qui refusent de donner le fameux cachet et ce faisant, ne savent pas du tout ce qu’ils font.

    • Reply Cecilia 30 septembre 2015 at 10 h 45 min

      Merci Marie! Bon tous les pharmaciens ne le font pas – d’ailleurs la plupart du temps ils m’ont surtout bien dépannée. Il suffit cependant d’un récalcitrant qui ne te connaît pas. Enfin, je ne vois pas trop l’intérêt, ce n’est pas comme si j’allais me shooter aux oestrogènes, hein…

  • Reply Ludivine 30 septembre 2015 at 10 h 45 min

    Bravo pour cet article qui ouvre une réflexion très intéressante sur le droit de disposer de son corps, sur l’intégrité physique. Merci à toi! L’avortement ne devrait pas être vécu comme une blessure, un passage honteux et culpabilisant, en tant que victime, mais c’est bien ce que certaines personnes du corps médical ou de la société civile cherchent à nous transmettre. Pour ma part, j’ai avorté deux fois, et la deuxième fois, je l’ai très bien vécu. C’était un choix assumé, réfléchi et même si je pensais avoir des enfants dans les prochaines années, cette grossesse et cette naissance ne pouvaient avoir lieu à ce moment de ma vie. Étrangement, ce sont les gens autour de moi qui n’ont pas compris que je puisse « aussi bien réagir » et que bien certainement, « j’étais sous le choc », « je ne réalisais pas »… La première fois, elle, fût douloureuse notamment à cause de la culpabilisation d’un médecin allemand qui est allé jusqu’à me donner une date de naissance, en ignorant consciemment mon choix. Je devais à l’époque traduire tout ça à mon copain qui ne comprenait mot, je me suis sentie bien seule. Tu as donc bien raison, chaque femme se doit de parler de son/ses avortement/s!

    • Reply Cecilia 30 septembre 2015 at 10 h 51 min

      Merci beaucoup Ludivine pour ton témoignage! C’est vraiment intéressant ce que tu dis, oui, cette espèce de victimisation forcée de l’avortement, qui contribue clairement à infantiliser. En parler, oui, c’est important et nécessaire, car comme tu dis bien, il y a de multiples manières de vivre son avortement, en fonction des moments de sa vie, et il serait urgent d’accompagner sans victimiser ni culpabiliser les femmes!!

  • Reply Sabrina de Ca Se Saurait 30 septembre 2015 at 15 h 39 min

    Je partage avec mes followers Facebok 🙂
    Rien de plus à dire <3

    • Reply Cecilia 30 septembre 2015 at 21 h 37 min

      Merci Sabrina! C’est gentil ça!!! Merci beaucoup!

  • Reply Léa 30 septembre 2015 at 16 h 28 min

    Merci beaucoup pour ton article, très bien écrit. Je n’ai pas avorté, mais je trouve ce sujet important et ce tabou imbécile. As-tu lu « Dix-sept ans » de Colombe Schneck, c’est un très beau livre sur l’avortement. Ton texte m’y a fait penser. Le corps des femmes leur appartient, il serait bon de ne pas l’oublier.

    • Reply Cecilia 1 octobre 2015 at 8 h 05 min

      Merci beaucoup Léa pour ton mot et cette suggestion! Je n’ai pas lu ce livre, mais en ai entendu parler. Je vais aller voir ça de plus près!

  • Reply Lilou 30 septembre 2015 at 17 h 15 min

    Merci <3

  • Reply happymarylou 30 septembre 2015 at 17 h 15 min

    Très beau témoignage. C’est vrai qu’il faut parler et casser les tabous!
    C’est vrai aussi que c’est souvent plus difficile d’avorter que ce que l’on pense. J’ai une amie qui a récemment fait ce choix et cela a été le parcours du combattant… avec comme toi beaucoup de culpabilisation…
    Merci d’en parler ouvertement!

    • Reply Cecilia 1 octobre 2015 at 8 h 11 min

      Merci Happymarylou! Oui, parler, pour que les filles et les femmes cessent de se sentir coupables et pour que les discours moralisateurs aient moins de prise sur elles!! On nous enferme souvent dans l’alternative drame / anecdote. Si ce n’est pas un drame alors c’est une anecdote, et si nous le vivons comme une anecdote alors pourquoi nous aider? Mais non, l’avortement n’est ni drame ni anecdote. Il est, comme beaucoup de libertés, bien plus complexe.

  • Reply Ilse 1 octobre 2015 at 13 h 49 min

    Billet sur le Huffington et tout, bravo 🙂
    J’ai été dans ton cas et j’ai fait un billet similaire. Rien n’a changé depuis. Je suis aussi éduquée, maman et mariée. Je suis aussi une conne qui n’a pas dû savoir comment se servir de la pillule. Et reproches des amies aussi « comment t’as pu être aussi conne? » et l’echographe « vous voulez la photo en souvenir? » et mon médecin qui ne veut pas m’accompagner parce que « elle en a marre de voir des femmes qui se servent de l’avortement comme d’un préservatif, mais pas comme vous hein, vous vous êtes une femme bien mais je peux pas vous aider ».

    L’avortement est un droit mais aussi une boucherie… Bravo à toi d’avoir témoigné, tu vas voir, beaucoup de femmes autour de toi vont soudainement t’ouvrir leur coeur et te confier « un secret ».
    Moi j’en parle ouvertement maintenant et tellement de connaissances et d’amies viennent vider leurs sacs auprès de moi maintenant.

    Bonne journée!

  • Reply Mallory 30 octobre 2015 at 14 h 07 min

    Bonjour,

    Merci pour cet article, j’ai découvert votre blog ce matin grâce au Huffington Post, et je suis venue parcourir le reste des articles jusqu’à ce que je tombe sur celui-ci.
    J’ai 23 ans, et il y a un an je suis tombée folle amoureuse d’un homme, plus âgé, et malheureusement déjà casé avec deux petits garçons. Un coup de foudre, des deux côtés, puis toutes les galères qui s’en sont suivis jusqu’à ce qu’on puisse être réunis. Ah, l’amour hein ? Sauf que l’amour compte parmi lui de nombreux pervers narcissiques et que ma roue de fortune s’est arrêtée dessus. Je vais passer le résumé de ces 14 derniers mois plus difficiles les uns que les autres mais il s’est avéré qu’en août, je suis tombée enceinte. Wow. Ce petit être que j’avais voulu de cet homme qui me faisait mal mais que j’aimais tant. Ce bébé qu’il avait voulu dès la 2ème semaine de notre histoire. Ce bébé qui malheureusement est arrivé après que cet homme s’enfuit définitivement de moi. Je me suis retrouvée, à 23 ans, sans emploi – je suis journaliste – abandonné par un homme pour qui j’aurais tout donné, et enceinte.
    Je n’ai jamais pu le dire à mes parents. Seule ma sœur et mes amis les plus proches furent au courant. J’ai tout subi seule, les échographies, les examens, les prises de sang, les reproches, les jugements. Car OUI nous sommes jugées. Même si vos plus proches vous disent  » je te comprends  » au fond, ils ne comprennent pas si bien que ça. Surtout à cause de mon histoire. Tombée enceinte, d’un homme déjà pris (mais qui quitte sa femme de temps à autre pour vous prouver qu’il n’y a que vous, bien sûr…), perdre son travail de journaliste TV car trop attachée à l’emprise d’un homme, et ne pas savoir dire stop.  » Mais comment, mais pourquoi, mais si, mais ça ?  »
    J’ai mis du temps avant d’accepter d’avorter. Je n’ai d’ailleurs jamais voulu utiliser ce terme. J’ai mis du temps, j’ai subi les nausées, les vertiges, les malaises, et tout ce qu’une grossesse apporte. Je crois que j’attendais qu’il revienne pour me dire  » nous allons élever cet enfant ensemble, tu n’es plus seule, sois rassurée « . Ce n’est jamais arrivé, et il a fallu que je fasse un choix: garder un enfant qui me rappellerait la perversité de cet homme, ou avorter et me sentir coupable pour le reste de ma vie ? Au fond, je n’avais pas le choix. Je ne pouvais pas élever cet enfant seule, je ne savais pas comment faire et surtout je ne savais pas si ce n’était pas plus égoïste de ne pas offrir, ne serait-ce qu’au départ, une vraie famille à ce bébé. Alors, à 10 semaines, je me suis dépêchée de prendre les RDV et je suis allée à l’hôpital. J’ai tant pleuré, à chaque examen, à chaque RDV, et je crois que c’est ce qui a permis aux gens médicaux de ne pas me juger. L’étape la plus difficile fut lorsqu’un des médecins, la veille de l’opération a laissé ouvert mon dossier sur l’échographie. J’avais refusé de la voir, je n’avais vu que celle des 3 semaines. Je me suis écroulée, j’ai réalisé, à ce moment-là seulement, que mon geste allait me marquer à vie.
    Il a fallu que je me fasse opérer, car il était trop tard pour les médicaments. Enfin, en réalité vous prenez les médicaments mais ensuite vous êtes opérée. L’équipe m’a vue tant dévastée par ce choix, qu’ils ont tous laissé leur jugement de côté pour me rassurer au maximum. Juste avant l’opération, j’ai demandé à au moins 10 médecins si j’allais pouvoir ravoir des enfants, si on n’allait pas me  » punir  » pour ça, s’ils allaient faire attention à mon utérus. Trois femmes anesthésistes sont venues à mes côtés, m’ont caressé les cheveux, la joue, m’ont tenu la main pour que je m’endorme paisiblement. L’opération s’est bien passée, mais il m’a fallu plus de 3h pour me réveiller. Ils ont dû me mettre tout plein de fil dans le nez et la bouche car je n’arrivais plus à respirer. Je crois que c’est parce que je n’acceptais pas, et que j’avais honte de moi, de mon choix. J’avais peur aussi de ne plus jamais pouvoir porter un enfant. C’était il y a bientôt un mois. Et souvent, je mets la main sur mon ventre en me rappelant que pour la première fois de ma vie, j’avais porté un semblant d’être en moi. Je crois que parfois ça me manque, et d’autres fois je me dis que c’était le meilleur choix. Pour tout le monde.
    Je ne sais pas si un jour je pourrais parler ouvertement de cet acte, je sais que je vois mon quelqu’un deux fois par semaine et que cela me permet de déculpabiliser. Mais arriverais-je un jour à dire à un inconnu, ou une inconnue, ou même mon futur conjoint  » à 23 ans j’ai avorté  » je ne sais pas. Je ne sais pas car je crois que ce sentiment de honte, la société ne pourra jamais me permettre de ne plus le ressentir.

    Merci encore, d’en avoir parlé ouvertement et de m’avoir permise de m’exprimer ici.

    Mallory

  • Reply FRANCE: L’avortement est-il encore un droit? – Safe Abortion : Women's Right 28 février 2016 at 1 h 37 min

    […] (Huffington Post, Just a Little Girl) […]

  • Leave a Reply

    %d blogueurs aiment cette page :