Des caprices?

26 juin 2015

A deux ans, finis les pleurs du RGO, finis les pleurs de faim, de soif, de chaud, de froid. A mesure qu’il grandit mon bébé  se débarrasse doucement de ses pleurs d’inconfort. J’en étais toute heureuse et soulagée de voir ainsi ma fille ainsi grandir, rire et me câliner. Mais j’ai découvert que le jeu était à somme nulle! et oui, elle pleurait encore et pour de nouvelles raisons… comme si dans l’univers des bébés il y avait aussi une espèce de loi de conservation de l’énergie – enfin loi conservation des pleurs. Tu te délestes d’un type de pleur, et le voilà fissa remplacé par un autre!

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Au palmarès des nouveaux pleurs et autres cris à vous fendre le coeur et les tympans : la frustration, la colère, la difficulté à gérer des émotions envahissantes, perturbantes, ingérables.

Voilà, un jour vous découvrez que ce bébé il y a quelques mois croquignolet à souhait, qui contemplait fleurs et nuages, sagement bercé dans sa poussette, mangeait avec gourmandise vos purées cabillaud-épinard, se laissait gentiment habiller de la dernière petite robe de créateur pour kids, vous découvrez ce bébé en train de se rouler par terre au supermarché, bouder purée, fruits et légumes et se nourrir exclusivement de poissons panés et autres chocolats industriels, vous découvrez ce bébé se taper la tête contre le parquet pour éviter le supplice de la baignoire, se tirer les cheveux parce que la jambe de sa poupée est coincée dans les barreaux de son lit, et hurler à vous briser les… carreaux pour avoir le droit de regarder – pour la 56e fois – la chanson de la Reine des Neiges… Evidemment, ce bébé refuse catégoriquement de s’asseoir dans sa poussette, et désormais, acheter le pain prend 37 mn et quelques.

Bref, votre bébé a tout l’air d’un adolescent. Ca peut sembler un peu effrayant comme ça… Mais en fait, amies mamans de petits qui s’acheminent tranquillement vers cet état de grâce, tout comme les pleurs du RGO, de la colique, de la faim et du soir, les colères passent, et on survit.

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Oui, mais concrètement, on fait comment?

On essaie de comprendre. Souvent on s’agace, on crie, on se fatigue, on s’attriste du seul fait de ne pas comprendre. Mon bébé, cet étranger… Alors, que se passe-t-il dans la tête de nos angelots pour qu’ils se transforment en 2 sec. en d’abominables Gremlins? Essayons de faire un exercice de décentrement – mettons nous, un peu, à leur place. En philosophie, il y a un article célèbre de T. Nagel qui s’intitule « What is it like to be a bat? » (Qu’est-ce que ça fait d’être une chauve-souris?), en gros pour s’interroger sur la nature de la perception et de l’expérience du monde de nos amies chiroptères (cela pourrait être aussi bien les vers de terre, les amibes, etc.). Alors, « What is it like to be a bébé? ». Je n’en sais rien, je ne me souviens plus. Et même s’il m’est impossible d’éliminer la dimension irréductiblement subjective de l’expérience du monde qu’ont les bébés et les chauve-souris, en faisant un petit effort je peux voir et comprendre ceci:

  • Le cerveau de bébé est en ébullition, non pas comme le nôtre qui ressemble à un gros champ en jachère… Le sien est hyper actif, il apprend de tout, se nourrit de tout, il n’est jamais, jamais au repos. Il enregistre, trie, classe, mémorise, fait des connexions. Bref, ça doit être épuisant. Et on peu aisément conjecturer que le cerveau de bébé, si occupé à gérer ses apprentissages cognitifs (permanence de l’objet, rapport de causalité, loi de l’attraction, etc.), rame un peu du côté des émotions.

  • Le bébé fait à peine 1 mètre. Oui, c’est bête et évident, mais ça change plein de choses du côté de nos perceptions du monde et de nos manières de nous y orienter. Le monde est simplement trop haut pour lui, et c’est frustrant – d’où l’importance de lui aménager un espace à lui, à ses dimensions, façon Montessori (mais ce n’est pas forcément faisable dans toute la maison…).

  • Le bébé est en plein apprentissage de sa motricité et de son corps. Il apprend d’abord à marcher (ce qui représente un réel exploit de coordination membres – cerveau), puis à habiller des petits personnages, à faire la cuisine, à dessiner (enfin gribouiller). Il apprend à courir, et à sauter, à marcher à reculons, et sur le côté, à faire du toboggan tout seul et à grimper à l’échelle. Il conquiert le monde et son corps dans le même mouvement, c’est assez balèze. Souvent il tombe, parfois il a peur, mais il ne s’arrête jamais de découvrir et de partir à l’assaut de son environnement et de son entourage.

  • Il découvre les relations sociales, leurs complexités, leurs subtilités. La justice, le mensonge, la violence, la générosité. Il s’équipe des outils de base pour interagir avec les autres, et ça aussi c’est un sacré apprentissage – dépasser sa peur de l’inconnu, anticiper les réactions des autres, rire, faire des blagues, bref se socialiser.

  • Il apprend le langage, et là encore, au niveau de son cerveau, ça chauffe. Quand on y pense 2 secondes, l’acquisition du langage est une chose stupéfiante et presque improbable. L’enfant, de sa vie foetale et de son immersion dans une langue, apprend tout seul – certes guidé par nous – les mots et les choses et le rapport entre les deux. Puis il apprend  la syntaxe et ses subtilités, ses complications. Il apprend les raisonnements hypothétiques, la signification des promesses, et la projection dans le futur. Il comprend qu’il peut connecter les mots à ses états mentaux et les utiliser pour décrire et dire ce qu’il ressent – de la peur, de la joie, de l’amour, de l’envie, etc. A mesure qu’il apprend à parler, et à se débrouiller dans la langue, et à se faire comprendre, le bébé acquiert la capacité d’exprimer et apaiser ses frustrations – un peu comme nous, non?

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Chaque enfant, chaque bébé est en soi un miracle. Un miracle banal, commun, mais un miracle quand même. Un miracle neurologique, un miracle de coordination. Non pas spécialement ma fille (même si c’est clair qu’elle est absolument géniale ;-)) mais tous les petits. Observer leur développement, tenter de comprendre les mécanismes qui le sous-tendent est carrément fascinant.  Ce n’est pas juste les regarder grandir, c’est comprendre comment ce « grandir » s’opère et fonctionne. Cela nous aide à gérer leurs écarts de comportement. Il serait finalement aberrant, qu’avec cette somme d’apprentissages, nos bébés ne pètent pas les plombs de temps en temps. Je m’imagine mal, moi, du haut de mes 92 cm, mal équipée niveau langage, être entravée dans ma poussette alors que je viens de découvrir que je pouvais courir, aller au supermarché et avoir l’interdiction de toucher à ces jolis bocaux de cornichons bien brillants et à ces paquets de bonbons qui me tendent les bras, ne pas pouvoir décider de ma tenue ou de mes repas. Ne pas réussir à déshabiller ma poupée (parce que sa petite chaussure est coincée dans la jambe de son pantalon) ou devoir aller prendre mon bain alors que je suis en train de faire de la soupe pour mon nounours – peut-être que ça me rendrait dingue. A bien y réfléchir, les contraintes, les interdictions et les obligations sont également des apprentissages. On ne les accepte pas comme ça, sans exprimer sa frustration. Et quand on parle mal ou pas assez finement pour pouvoir exprimer toute la palette de ses émotions, et bien on crie, on se roule par terre, on tape, on casse. Les bébés et les enfants le font. Les adultes aussi. Quelle maman, quelle amante, quelle amie, n’a jamais craqué devant l’incapacité à dire ce qu’elle ressentait? devant la frustration de ne pas réussir ce qu’elle avait entrepris?

Pour l’heure, j’ai décidé de faire avec ma fille comme je voudrais que l’on fasse avec moi. Lorsque ça va mal, lorsque je suis frustrée je n’ai pas envie qu’on en rajoute une couche en me signifiant que je suis indésirable et pénible. Parfois, pour que ça passe, j’ai juste besoin d’une épaule solide et rassurante. L’analogie s’arrête là, car je suis une adulte, et j’ai appris – du moins je suis censée avoir appris – à contrôler mes émotions et leur expression, précisément parce que je vis en société et qu’une société où les adultes (et les enfants) se comporteraient en bébés de 24 mois serait franchement invivable. Il est donc normal qu’on m’envoie balader de temps en temps quand je suis en colère ou que je m’énerve sans raison, simplement d’être frustrée – de ne pas rentrer dans ma robe d’avant ma grossesse, de ne pas réussir à faire tenir debout ce f*** gâteau en forme de lapin, etc. Les enfants apprennent à gérer leur frustration et leur colère et c’est en vertu de cet apprentissage qu’ils deviennent des adultes raisonnables et non tyranniques. Mais ils doivent avoir un guide et une aide bienveillante et rassurante pour le faire. La bienveillance et la compréhension sont mes repères pour m’orienter dans les crises de ma fille. Cela m’aide à ne pas succomber à mon tour à l’énervement et à la frustration. Cela me sert d’appui pour l’aider et la guider à mon tour.

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Quand Sasha s’énerve et se met en colère à trembler et se frapper (façons l’Exorciste), je lui parle doucement et je la prends dans mes bras pour l’aider à chasser ces émotions qui la submergent. J’essaie de lui apprendre à se tranquilliser, j’essaie de lui montrer que les crises passent, dans le calme et non dans les cris. Elle apprend que je suis là et que je l’aime, quoiqu’il arrive – même quand elle ressemble à Nelly Olson. J’ai fait le pari d’une éducation douce, mais ferme, j’ai choisi de croire que les caprices ne sont pas le signe d’un vice, mais qu’ils sont un exutoire nécessaire, et que mon rôle est de l’aider à les gérer au mieux, non de la redresser ou de la rectifier.

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Voilà, c’était un peu long… désolée! Et vous vous faites comment avec vos Gremlins???

 

(p.s. les photos sont un peu hors sujet, je n’ai pas trop l’habitude de prendre ma fille en photo quand elle pleure…)

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3 Comments

  • Reply Johanna 26 juin 2015 at 22 h 34 min

    Coucou! Pas évident… Moi je perds assez vite patience, surtout si le niveau sonore est élevé. Je dis souvent à Chupenn qu’il a le droit d’être en colère, mais que j’ai pas envie qu’il me casse les oreilles, et je le met à l’écart. Cela dit il tourne plutot son agressivité vers les autres et ne se frappe pas lui même.
    A un moment j’avais préparé un défouloir : j’avais gonflé un matelas pneumatique qui était debout contre un mur de mon dressing et quand il était en colère je lui proposais de taper dessus. des fois ça marchait…
    Cela dit un caractère bien trempé, c’est une force dans la vie, non?

    • Reply Cecilia 27 juin 2015 at 0 h 07 min

      Je comprends! Moi aussi j’ai du mal avec le bruit! Sasha est encore petite, et de tempérament plutôt calme, donc pour le moment je gère comme ça, mais je devrai m’adapter quand elle grandira c’est certain… Tout est question d’ajustement à l’âge, au caractère et aux besoins de l’enfant! J’adore l’idée du matelas!! Ma mère avait fait un truc similaire pour G. quand il avait 6 ans: un coussin de colère avec un visage boudeur pour taper dessus au besoin… 😉

  • Reply amandine 27 juin 2015 at 13 h 35 min

    Ici, 2 petites fortes têtes avec un caractère bien à eux . Naëlle, qui a 4 ans, a fait ou fait d’énormes colères où nous étions désemparés … On a essayé par la force, les cris , la punition … Rien n’y faisait. On a compris qu’avec elle, il fallait la laisser se calmer, seule. Et revenir sur sa colère avec elle ensuite. On essaie maintenant de comprendre ses colères tout en maintenant notre autorité. On a remarqué que c’était beaucoup par rapport aux « contraintes » que nous lui imposions, alors on fait la part des choses. Si il est l’heure du bain, elle n’a pas le choix. Si c’est pour la couleur de son tee-shirt, on cède.

    Pour son petit frère de 16 mois, c’est plus compliqué car il cherche sa place, teste les limites. Lui nous ne lui laissons quasiment rien passer, il est encore trop petit. Il comprend bien que quand il pleure, et qu’il crie fort, ça peut nous faire changer de comportement. Généralement, on essaie de le laisser se calmer seul aussi (mais pas trop loin, on garde un oeil sur lui ) , et puis très rapidement on va le rechercher en lui expliquant. Et ça passe .

    Mais on a bien compris que crier plus for qu’eux ca ne sert à rien, les punir encore moins.

    En tout cas, c’est pas evident d’avoir nos p’tits bouts qui resssemblent à de vrais ados … bon courage !

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