Etre une marâtre

17 février 2015

Je suis une marâtre. Pas seulement une maman.

J’ai été marâtre avant d’être mère. Et puis en fait, non, je ne suis pas vraiment une marâtre et une maman, je suis deux marâtres…

Mon beau chéri avait en effet eu deux enfants avec deux femmes différentes quand je l’ai rencontré… Mes deux beaux-enfants ont aujourd’hui 8 et 16 ans. G., 8 ans, vit avec nous, car nous en avons la garde exclusive. Sa grande soeur, quant à elle, vit avec sa maman. C’est une situation étrange, parfois difficile à expliquer aux gens qu’on ne connaît pas et qui écarquillent les yeux quand on leur raconte vite fait de quoi il en retourne.

J’avais 26 quand j’ai rencontré mon homme, et l’idée d’être belle-mère m’emballait moyennement. J’ai failli laisser tomber. Pas tellement parce que je ne voulais pas de ses enfants, mais plutôt parce qu’étant moi-même enfant de parents divorcés, je n’avais pas du tout envie de revivre l’histoire de l’autre côté du miroir, cette fois. Je n’avais pas plus envie que ça d’endosser le rôle de la marâtre de service.

 

DSC_0443

 

Belle-mère, c’est un mauvais rôle, pas facile à assumer. Il faut avoir les épaules solides. Et puis devenir la belle-mère d’une ado, dont je n’avais pas du tout l’âge d’être la mère – ça me fichait carrément les choquottes. Avec le petit de 4 ans je pouvais me projeter, c’était plus simple. Et puis il fallait se faire accepter. Qu’ils m’aiment bien aussi ces gosses. Avec la mauvaise image qu’on traîne derrière nous… autant essayer de faire passer un chameau dans le chas d’une aiguille…

Du coup, pour nous faire aimer, nous les marâtres, souvent on en fait des tonnes, on essaie de combler notre déficit de sympathie en étant super drôle, pas du tout autoritaire, pas jalouse pour un sou, pas trop poufiasse non plus. On fait aussi des cadeaux, de chouettes popotes, on improvise des sorties du tonnerre. Et puis on est pas sotte, on sait bien que la rencontre avec les petits de notre homme est importante pour notre couple. Lui, forcément il ne veut pas s’acoquiner avec une croqueuse d’enfants… Et voilà, comme par magie, ça fonctionne. Ils vous aiment!! Et vous aussi! Et votre chéri est sur un nuage.

Je n’ai pas trop envie de parler des coups durs et des coups bas, ou des raisons pour lesquelles, belle-mère c’est vraiment un rôle à deux balles parfois. Il y a des tensions, des jalousies, des malentendus. Il y a ce à quoi on doit renoncer quand on est la troisième: vivre la solitude des amants, vivre la magie des premières fois à deux, se marier (quand on tombe sur un traumatisé des unions officielles), etc. Il y a les tracas, les corvées, les contraintes qui nous tombent dessus parce que nous sommes femmes – et que, quoiqu’on en dise, le partage des tâches ménagères, ce n’est par encore ça… – en vrac: jongler entre les lessives, les casseroles, la purée de la petite, le sac de piscine du grand, nettoyer le vomi à 2h du mat’ ou le pipi au lit… Pas toujours rose. Déjà, soyons claires, il y a des jours (et ils sont nombreux) où s’acquitter de ces corvées pour son propre enfant n’est pas une mince affaire… Mais on le fait, parce qu’on a pas le choix, parce que nos enfants ne nous sont pas livrés prêts à l’emploi, et parce qu’on consent volontiers à ces menus sacrifices pour nos marmots d’amour. En revanche, se sacrifier pour les enfants d’une autre… Ca ne va pas forcément de soi.

Cela étant dit (!), eh bien, si on le fait. Parce que même si se sacrifier pour les enfants d’une autre, parfois c’est éreintant et absolument pas gratifiant, on le fait, parce que ces enfants, il se trouve qu’on les aime.

J’ai connu mon petit G. quand il avait 4 ans. Il vivait avec son papa, et il avait un besoin urgent d’une maman intérim. J’ai accepté ce rôle avec bonheur. J’ai eu un vrai coup de foudre pour ce petit bonhomme, ses immenses yeux bleus, sa petite frimousse toute délicate, sa douceur, son humour désarmant. C’était un gros bébé, je voulais lui apprendre à grandir, à ne plus avoir peur, à faire la cuisine, à danser.

Très vite nous avons vécu ensemble tous les jours. Et je suis devenue un peu plus qu’une belle doche, parce que ce petit bout, c’est moi qui lui coupe les ongles, lui achète ses vêtements, lui fait faire ses devoirs, le console quand il a un chagrin. C’est à cause de moi qu’il est devenu un ayatollah du bio. Je lui ai appris à faire son lit et à plier ses habits. Quand j’étais enceinte de Sasha, G. était « amour » comme il aime à dire. Il m’aidait tout le temps, voulait savoir tout ce qui se passait dans mon ventre. Il est devenu un expert en développement foetal et en lecture des échographies, comme je l’écrivais dans un billet précédent…

 

DSC_2863

 

Mon petit G., mon beau G., fragile, délicat, attentionné, malin, étourdi, impatient. Mon grand G., sage, raisonnable, merveilleux grand frère. Je ne suis pas, et ne serai jamais, ta maman. Mais je t’aime comme si je l’étais, et je m’occupe de toi comme si je l’étais. Je suis heureuse de t’avoir rencontré mon beau G.. Tu es un tourbillon, tu mets le bazar, tu cries, tu sautes. Tu me fatigues, tu me fais rire, tu m’émeus. Tu es le grand frère de ma Sasha, vous êtes si beaux à regarder. Je voulais plusieurs enfants, pour qu’ils connaissent le bonheur de l’amour fraternel. Maintenant je suis rassurée, car je sais que même si je n’ai pas d’autre enfant, vous vous avez tous les deux Sasha et toi.

 

IMG_3752

 

IMG_3500

Rendez-vous sur Hellocoton !

You Might Also Like

3 Comments

  • Reply Maristochat Bellemam' 17 septembre 2015 at 13 h 27 min

    Tes mots me parlent tellement !

  • Reply mybrouhaha 25 septembre 2015 at 15 h 19 min

    Je tombe bien tardivement sur ce billet que je trouve absolument magnifique !

    • Reply Cecilia 25 septembre 2015 at 16 h 20 min

      Merci beaucoup! Je suis touchée!!

    Leave a Reply

    %d blogueurs aiment cette page :