Le blues de la marâtre

19 octobre 2015

Elle regarde son bébé boire au sein, un peu atone, fatiguée. Elle le dévisage, émue, sans pouvoir bouger. Quelque chose lui chatouille cependant la conscience. C’est un sentiment étrange d’absence, l’impression de n’être pas à ce qu’elle est en train de faire. Spectatrice de la scène, elle se sent comme hors d’elle. Seule, alors même qu’on ne saurait imaginer plus grande proximité entre deux êtres – la mère allaitant son petit, la bouche collée à son sein, lui se nourrissant d’elle. Fatiguée, lasse. Elle a du mal à se lever. La fatigue qu’elle tenait pour normale après son accouchement ne la quitte plus, elle est là, depuis des mois, chevillée à son corps. Une femme aux traits tirés, cheveux en bataille, filasses, le chemisier taché de lait, son reflet ne la flatte guère. Alors elle se maquille pour camoufler l’offense que lui fait ce miroir peu délicat. Elle se maquille le visage et, à coups de pinceau et de mascara, se fait un masque de mensonges. Les autres n’y voient que du feu, ou alors se taisent et s’éloignent doucement, poliment.

Elle pleure beaucoup, de ces pleurs qu’on n’arrête pas, qui vous secouent les tripes et vous arrachent des cris. Mais elle se cache pour pleurer. Personne ne doit voir ni même savoir. Elle retourne contre elle cette violence qui monte, et qu’elle ne sait pas dire. Parfois elle casse des choses, ou se frappe. Plus le temps passe et plus elle a l’impression que le brouillard qui la sépare du monde et des autres s’épaissit. Elle finit par n’y plus rien voir dans cette purée de poix. Sortir de chez elle est une épreuve. Mettre sa fille dans sa poussette fait grimper son stress à des niveaux inédits.

Elle ne comprend pas. Sans doute ne veut-elle pas comprendre. Car voir, admettre et dire ce serait pour elle la preuve d’un échec. Elle qui choyait cet être à venir comme d’autres les fleurs ou les pierres précieuses… elle qui y voyait une promesse de printemps, de tendresse infinie… non ce n’est pas possible, ça ne peut pas être ça. Elle a tant préparé cette naissance, elle a vécu cette grossesse comme baignée de douceur et de joie. Non vraiment ça ne peut pas être ça.

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La dépression post-natale est un vilain mot, un de ces mots qu’on n’aime pas prononcer. Une chose qu’on a honte d’avouer. Comme un échec, une défaillance, comme une erreur qui nous salit. Pire encore que la dépression tout court, car nos attentes en matière de bonheur vis-à-vis des jeunes mères surpasse de loin celle que l’on s’inflige au quotidien. La mère doit irradier de cette béatitude qui inonde les tableaux de la Renaissance, elle doit être lumineuse et inconditionnellement heureuse. Car c’est son petit qu’elle tient, là, dans ses bras – son enfant. Impossible alors d’imaginer ne serait-ce qu’une once de brouillard dans cette idylle naissante. Et quoi de plus culpabilisant que l’impression de décevoir des attentes, surtout quand celles-ci semblent frappées du sceau de l’évidence et de la clarté? Je suis mère, donc heureuse. CQFD.

Mais on se trompe lourdement quand on enjoint les jeunes mères à un bonheur sans tache. Car devenir mère ce n’est pas simplement le bonheur fou, c’est aussi, un peu et toujours, la folie tout court.

J’ai souffert d’une dépression post-natale. Pendant deux ans j’ai été le fantôme de moi-même. Je ne sais pas si je suis tirée d’affaire – peut-être son ombre tourne-t-elle encore autour de moi – mais du moins, comme tant de femmes, j’ai tenu bon. Il m’aura fallu deux ans pour pouvoir en parler. L’étiologie de la dépression est d’une complexité affolante, et je suis loin encore d’en avoir démêlé tous les ressorts. Mais je crois avoir tiré deux ou trois leçons de cet épisode étrange et somnambulique qui fait désormais partie de moi.

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On sait qu’il existe des facteurs aggravants et que certains groupes de femmes sont plus (statistiquement) susceptibles de traverser un épisode dépressif que d’autres. Il y a les femmes qui ont déjà connu la dépression. Celles qui ne bénéficient pas d’un climat familial et social favorable. Celles qui ont des addictions. Celles qui connaissent de grandes difficultés matérielles. Ce ne sont pas des prédictions, mais ce qu’on appelle des groupes à risque, c’est-à-dire que c’est dans ces groupes de femmes là qu’on trouve la plus grande récurrence de dépressions post-natales. Alors je me suis interrogée. Je me suis demandé si par exemple les belles-mères étaient plus sujettes à la DPN. Je n’ai pas trouvé beaucoup de données, mais une ou deux étude américaines cependant montraient une corrélation. Elles expliquaient que la situation de belle-mère correspond bien souvent au sentiment d’évoluer dans un climat familial et social tendu, sinon carrément hostile. La belle-mère, cela ressemble à une constante, se sent seule et peu soutenue. Analogue en cela à d’autres situations plus évidemment douloureuses.

Alors j’ai réfléchi. Se peut-il que les belles-mères soient plus sujettes aux dépressions post-natales parce qu’elles vivent l’arrivée de leur enfant dans un climat familial complexe, souvent adverse? parce qu’elles bénéficient de peu de compréhension, d’empathie et de soutien de la part de leur environnement familial et social? parce qu’elles sont parfois au coeur de tourmentes domestiques, souvent engluées dans la réparation du passé? parce que l’arrivée de leur enfant peut angoisser ceux du premier lit et réveiller ou attiser leur jalousie (ainsi que celle de leur mère)? Les raisons ne manquent pas pour que la naissance d’un enfant dans une famille recomposée réactive conflits et tensions, qu’elle en devienne le coeur et la cible.

Ajoutons à cela les manières d’une société qui a perdu, oublié, dézingué les solidarités. Car pas besoin d’être belle-mère pour connaître la dépression. Devenir mère suffit. Remarquable restructuration du moi, qui fait remonter des limbes des pans oubliés de son enfance, qui distribue à chacun de nouvelles places, un nouveau rôle. Epreuve psychique et physique qui commande abnégation et oubli de soi. Sommeil compromis et repas oubliés. Concentrer toutes ses forces et attentions vers cet être gracile qui n’est que besoins représente une formidable épreuve dont on noie l’inouïe intensité dans le folklore et la layette bien marketés. Fini les transmissions entre générations, exit la solidarité familiale et sociale, l’époque est aux individus, au moi et à son épanouissement. Un petit tour du monde des pratiques post-natales nous montre bien qu’en matière d’attention aux jeunes mères les occidentaux sont les champions de la dénégation.

Le choc semblera certainement brutal à celle qui, encore grosse de promesses, avait l’habitude d’être au centre des attentions et des compliments – dans sa famille, dans la rue, au travail. Sa violence lui intimera sans doute qu’elle souffre d’un défaut de fabrication, qu’elle est anormale de souffrir ainsi quand tout devrait être joie et félicité. Chute d’autant plus incompréhensible que la dépression appartient à ces sujets que l’on tait, comme si tout simplement, ça ne se faisait pas. Honteuse car s’imaginant inapte, la jeune mère déprimée se tait, persuadée qu’elle est seule à patauger dans ce marasme. De la dépression, comme de l’avortement, il faut donc parler. Parler de ce qui est tabou et de ce qu’on nous renvoie trop souvent à la figure, ce qu’on confine bien volontiers et paresseusement à l’intime, au privé, à ces sphères qui ne sauraient se dire en public autrement que par indécence et toupet.

Moi j’accuse la société et les familles, les hôpitaux et les soignants de fermer si complaisamment les yeux sur un état que des millions de femmes ne connaissent et ne taisent que trop bien. Nous figurant plus éclairés que les traditions et bien plus rationnels que les croyances, nous avons jeté aux orties d’antiques pratiques pourtant bien ordonnées.

Elif Shafak, écrivaine turque, raconte cette perte de savoir dans son magnifique Lait noir – ce lait maternel qui vire au noir de n’être pas soutenu, contenu, cajolé, conforté.

« Les anciens étaient au fait de tout cela. Nos grands-mères et les grands-mères de nos grands-mères connaissaient cette solitude. C’est ce qui explique leur insistance à placer la nouvelle accouchée sous bonne garde. Jamais on ne la laissait seule dans une chambre, sans prières ni soutien. Autrefois on veillait sur l’enfant mais également sur la mère. Comme les femmes savaient que la plus grande ennemie de la nouvelle accouchée était elle-même, c’est-à-dire sa propre âme, elle l’occupaient sans cesse à quelque chose. Pour que son âme ne trouve pas l’occasion de s’exprimer. »

« Fortes de ce savoir immémorial, nos grands-mères, nos arrières-grands-mères, nos sages-femmes se devaient de le transmettre, enrichi de leur expérience, d’une génération à l’autre. Ces connaissances étaient un bien commun. Il n’existait ni détenteur exclusif, ni droit de propriété. le savoir confié était en dépôt; on le tenait des générations précédentes, on le faisait fructifier, on le perfectionnait et on le cédait aux générations suivantes. Conscientes de ce devoir, les femmes veillaient à transmettre tout ce qu’elles savaient sur la grossesse, l’accouchement et la maternité à leurs filles, leur petites-filles et aux petites-filles de leurs petites-filles. »

D’avoir vaincu le fléau de la mortalité périnatale – pour des raisons qui tiennent sans doute plus aux progrès de l’hygiène hospitalière et au recul de la malnutrition qu’à l’hyper médicalisation de la naissance – nous a donné une illusion de pleine puissance. La maternité ainsi domptée ne devait plus être ni un secret ni un mystère. Mais trop persuadée de s’être débarrassée de ses démons, la société ne sait plus comment leur tenir tête.

On ne parle ni n’écrit assez sur la face sombre de la maternité. Pire, on ment constamment. Non pas que la maternité ça soit triste en soi, mais plutôt parce que sous cette surface bien polie qu’on nous sert constamment, les femmes savent pertinemment comme elle se construit de pensées et sentiments contradictoires.

Que faire donc une fois qu’on a dit ça? car je ne peux pas m’empêcher de ne pas voir dans la DPN qu’un problème de personne, une question intime, un petit sujet privé. Non la DPN nous touche en tant que femmes et mères et doit être combattue à ce titre. Intimer le silence aux femmes qui en souffrent représente une autre forme de violence. Refuser d’en comprendre les causes – fussent-elles extraordinairement complexes – c’est refuser les moyens d’agir et laisser à des femmes affaiblies et que la volonté semble avoir déserté le soin de se débrouiller, seules.

Que faire donc? Cela tient pour moi en quelques mots et des petits riens. Prendre soin – de soi, oui, des autres surtout. Réactiver les solidarités. Prendre le temps de prendre le pouls des autres. Regarder sa femme et lui parler et l’écouter. Ne pas oublier ses amies qui viennent d’accoucher. Ne pas poser de regards accusateurs sur la femme dont le bébé pleure. Ne pas forcer le retour de la sexualité. Briser l’isolement social du congé maternité. En finir avec les diktats de perfection. La maternité cristallise conflits et des rivalités, elle rappelle à certains que le temps passe. Mais surtout, la maternité s’apprend et se transmet. Si les mères parviennent à devenir mères et pas seulement à l’être c’est aussi en vertu d’un réseau de solidarités – nos amies, nos sages-femmes, nos soeurs, nos mères, et nos grands-mères et les grands-mères de nos grands-mères… – trop souvent négligé. Il faut du temps et des autres pour devenir mère.

 

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26 Comments

  • Reply P'tite Poulette 19 octobre 2015 at 8 h 42 min

    Très beau billet, tu mets le doigt sur une réalité, et ça fait du bien d’en parler. Beaucoup se sentiront moins seules, c’est important. Bravo pour le chemin parcouru <3 bises. P'tite Poulette

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 45 min

      Merci beaucoup p’tite poulette! merci, ça me touche <3 <3

  • Reply Caroline 19 octobre 2015 at 9 h 57 min

    Merci Cécilia, c’est si bien dit! J’ai connu la dépression post natale 6 mois après la naissance de mon aîné, pareil dans un contexte pas simple de recomposition familiale et comme justement c’était 6 mois après personne ne comprenait ..c’est angoissant ce sentiment d’être étrangère de son bébé et le lien se renoue mais il reste toujours cette culpabilité je trouve surtout quand il n’y a pas eu ça avec les (deux) suivants (dans mon cas).

    Caroline

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 45 min

      Merci Caroline! moi je ne sais pas quand ça m’a frappée, sans doute dès le début, mais j’ai quand même mis 6 mois à m’en rendre compte… C’est quand même très rassurant ce que tu dis, car je crois qu’on est beaucoup à avoir peur que ça recommence avec une nouvelle maternité!

  • Reply Maman Chouquette 19 octobre 2015 at 15 h 43 min

    Douces pensées… <3

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 43 min

      Merci <3 <3 <3

  • Reply Rose comme trois pommes 19 octobre 2015 at 19 h 27 min

    C’est courageux d’en parler, bravo.
    C’est vrai que nous ne sommes pas préparées au bouleversement qu’implique le devenir mère, et que nous sommes peu entourées et accompagnées ensuite. J’avais ressenti cette solitude pesante, mais je ne m’en suis pas rendue compte sur le moment. Trop émue sûrement.
    Bref, merci pour cet article, qui parlera sûrement à beaucoup de mamans, qu’elles aient vécu une dépression ou pas.
    Bises.

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 43 min

      Merci Julia <3
      C'est difficile même de s'y préparer je crois tant le déni en matière de maternité peut être puissant. Je me souviens dans les cours de préparation, la sage-femme nous avait bien parlé de la DPN et du plus érable baby-blues. Et je me souviens parfaitement ce que j'avais alors pensé : "pas pour moi, jamais, moi je serai heureuse"… C'est difficile une fois que ça te tombe dessus ensuite de pouvoir "diagnostiquer" ce qui t'arrive. Moi, ça m'a pris 6 mois…
      Bises! (et quelle jolie idée les deux oursons dans ton dernier article, j'adore!!)

  • Reply lilah 19 octobre 2015 at 23 h 54 min

    quel émouvant témoignage qui décrit avec authenticité ce que peuvent ressentir tant de mères !!! pour étayer la fin du billet , il y a aussi des unités mère-bébé et des psychologues et psychiatres spécialisés en périnatalité, des associations ( comme maman blues) qui peuvent aider les mères à avancer auprès de leur bébé et de leur famille en plus du reseau familial , amical, professionel.
    Une maman que j’ai cotoyée a repris un jour , ce proverbe africain  » pour devenir mère, il faut tout un village »

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 39 min

      Merci beaucoup Lilah pour ton message et cette précision. Oui en effet, j’ai omis de parler de toutes les structures (unités, associations, professionnels, etc.) qui accompagnent les mères dans ces épreuves. Peut-être dans un autre article… Mais pourtant, je ne sais pas si je suis la seule, quand je suis « tombée » je n’ai pas pu, ou pas su, ou été intimidée, par ce genre d’initiatives. Je pensais qu’elles n’étaient pas pour moi, que je n’étais pas concernée, etc. Je ne savais même pas à vrai dire au bout ce que j’avais. Je crois que cela touche au sentiment d’isolement / de solitude qui est très propre à la dépression et difficile à dépasser, et aussi plus globalement à la prise en charge des maladies mentales qui dépend en large part du libre-arbitre de chacun. Comme beaucoup de femmes, je me suis débrouillée un peu seule, avec des initiatives plus modestes (mon médecin de famille, un psychiatre, etc.), et je pense que c’est un véritable enjeu en effet de faire venir les femmes qui souffrent de DPN à ce genre de structures. Mais dans ce texte je crois que j’avais surtout envie de mettre en garde en amont et plus globalement – comment, collectivement, concevons-nous, accueillons-nous la maternité? quel sort réservons-nous aux jeunes mères? Mais tout ceci me donne des idées pour un autre billet… Et merci mille fois pour ce magnifique proverbe africain!! il résonne si bien avec la fin du texte!

  • Reply Dafodil 20 octobre 2015 at 2 h 10 min

    Je tombe sur cet article par hasard, et je suis d’autant plus émue de le lire que je t’ai beaucoup suivie…avant… et que je t’ai vu disparaître. Je suis contente de ce retour (qui date peut être, je vais explorer les articles précédents maintenant que je t’ai retrouvée!), toujours avec cette douce, cette capacité d’empathie et d’analyse qui m’avaient séduite.
    Bravo pour cet article!

  • Reply Nathalie 20 octobre 2015 at 8 h 13 min

    Un grand merci pour ce magnifique billet ! Vous faites un portrait révélateur de l isolement des parents dans leur nouveau role à tenir avec tout ce que celà implique de reveil de nos histoires familiales, du déplacement de priorités de soi vers l enfant…
    Je rajouterai que les père n y échappent pas et peuvent sombrer eux aussi dans le déni général.

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 31 min

      Merci beaucoup Nathalie! Oui, c’est effectivement un point que je connais très mal, mais j’imagine bien que la dépression n’épargne pas les pères. Cependant j’imagine que ce sera pour des raisons sensiblement différentes. Merci beaucoup pour cette piste!

  • Reply MLisette 20 octobre 2015 at 8 h 17 min

    Bonjour,
    Elise Marcende, co-présidente de l’association Maman Blues qui œuvre depuis plus de dix ans pour aider, soutenir et accompagner des mères en difficulté maternelle pendant la grossesse mais aussi après la naissance de leur enfant.
    Je voulais rebondir sur les facteurs aggravants que vous citiez. Ce sont des facteurs logiques mais qui sont, je crois trompeurs, dans le sens ou les femmes que nous rencontrons chez Maman Blues sont des femmes qui ne rentrent pas systématiquement dans ces cases. Il n’y a pas de profil type à la difficulté maternelle. Bien évidemment une femme ayant un passé dépressif sera plus enclin à souffrir d’une dépression post natale mais cela n’est pas une garantie.
    Ce que nous pouvons constater au sein de l’association, c’est que les femmes qui nous contactent, n’ont pas d’antécédents psychiatriques, elles sont souvent en couple depuis un certain nombre d’années, elles travaillent et ne connaissent pas de gros problèmes socio-économiques.
    Ce que je veux souligner par la, c’est que l’on se fait souvent une idée fausse de la mère en difficulté maternelle. On lui colle des étiquettes ne sachant pas qui elle est. Pour faire court, quand j’ai sombré il y a plus de six ans pour la naissance de ma fille, je n’avais pas un profil particulier. En couple depuis 10 ans, presque autant travaillé, je désirais cet enfant depuis de longues années. Je n’avais pas été maltraitée durant mon enfance. Je n’avais jamais eu d’épisodes dépressifs et pourtant j’ai plongé…
    Merci beaucoup pour votre article

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 30 min

      Bonjour Elise et merci beaucoup pour votre commentaire. Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites – et moi-même je n’appartiens à aucun des groupes statistiques que je mentionnais. Les statistiques comme vous dites n’ont absolument aucune valeur prédictive, il s’agit simplement de statistiques. Quand on souffre soi-même ou qu’on souffert de dépression du post partum je crois qu’on cherche des facteurs explicatifs et alors, en parcourant la littérature spécialisée, on tombe bien souvent sur ce genre de facteurs qui ne sont cependant absolument pas des explications, mais plutôt des corrélations. Je les mentionnais plutôt dans le but de souligner qu’il n’existe pas comme vous dîtes de profil type à la dépression, et que l’on se croit à tort protégée durant sa grossesse du fait qu’on n’appartient pas à ces groupes. Cela vaut aussi pour l’entourage, familial ou même médical, qui pourra adopter une logique de déni parce que rien « objectivement » ne semble pouvoir rendre compte de ou annoncer la dépression. Mais, comme je le disais, il suffit de devenir mère pour que cela nous arrive, et tout est là, je crois: dans notre façon collective (sociale, et familiale) de comprendre et d’accueillir la maternité. Merci beaucoup pour votre commentaire qui m’a permis de précisé un peu cette idée!

  • Reply Salomé 20 octobre 2015 at 10 h 24 min

    Purée mais bordel ! Qu’est ce qu’il est beauuuuuu ton texte Cécilia !

    Devenir Maman est parfois tellement difficile, tellement loin de ce que l’on peut nous raconter …

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 22 min

      Mais merci Salomé!!! oui, l’écart entre la maternité fantasmée et la maternité « réelle » est parfois grand et déstabilisant…

  • Reply FanLou 20 octobre 2015 at 11 h 41 min

    Un grand merci pour ce témoignage qui ouvre de nouvelles pistes et nous montre qu’il existe des voies salutaires… Je retiens l’une des phrases de fin : « la maternité s’apprend et se transmet ».

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 14 h 14 min

      Merci à toi FanLou! oui, il existe des voies salutaires, heureusement!! et on en revient!

  • Reply Jess 20 octobre 2015 at 12 h 29 min

    Magnifique récit . Une vérité criante

  • Reply Anne 20 octobre 2015 at 18 h 55 min

    Je me souviens de la réponse du pédiatre le jour où je lui ai dit que mon bébé allait très bien mais moi beaucoup moins… »ah mais moi je ne soigne que les bébés ». Certe il l’a dit gentiment mais je me suis sentie encore plus seule et presque honteuse d’oser tenter demander de l’aide. Dès la maternité j’avais signalé avoir eu des difficultés après mon premier accouchement et pour autant je n’ai pas eu un meilleur suivi…c’est juste désolant. Merci pour cet article, très juste.
    Anne

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 22 h 20 min

      Je comprends parfaitement ton désarroi, et ton sentiment de honte. C’est odieux, insupportable. D’autant que le pédiatre est quasiment le seul interlocuteur extérieur de la jeune accouché… Je me souviens avoir moi aussi redoublé ma souffrance de cette honte, de cette culpabilité, aggravant ainsi mon état. C’est anormal qu’il nous faille à chacun ainsi se battre pour trouver des solutions. Tous vos témoignages me font comprendre à quel point c’est un sujet non pas seulement individuel, mais collectif, et qu’il devrait être traité comme tel.

  • Reply Ginie 20 octobre 2015 at 20 h 40 min

    Merci beaucoup pour ce texte.
    Maman d’un petit bout de 8 mois, je suis également passée par là et je lutte encore pour en sortir. Pour le coup, je rentre dans l’une des « cases » des personnes à risque (souffrant d’un TAG et d’antécédents dépressifs qui en ont découlé) mais je n’ai pas pour autant été l’objet d’une prévention particulière alors que toutes les personnes qui ont suivi ma grossesse et mon accouchement en étaient informés. Reconnaissant les premiers signes de la depression (avantage d’être déjà passée par là si je puis dire), j’ai appelé, en larmes, la puéricultrice de la PMI qui pesait mon petit bout toutes les semaines et elle m’a orientée vers l’une des unités mère-bébé évoquées plus haut dans les commentaires. J’ai eu la chance d’être prise en charge par une équipe formidable et je ne peux que regretter qu’il existe si peu de ces structures en France. Sujet trop tabou j’imagine (tellement que pour ma part, il y a un certain déni au niveau du reste de la famille qui refuse encore d’admettre que j’ai souffert de ce mal d’être mère). Et pourtant tellement de mamans qui en auraient besoin.
    Même si les places sont limitées, je ne saurais que conseiller aux femmes qui se sentent mal malgré le bonheur d’être maman de se diriger vers ce type de structure. C’est une démarche très difficile mais par bien des aspects salvatrice.
    En tout cas merci de votre témoignage. On se sent moins seule 🙂

    • Reply Cecilia 20 octobre 2015 at 22 h 10 min

      Merci à toi pour ta lecture et ton témoignage. Je suis bien d’accord avec toi – il en faut du courage pour décrocher son téléphone et dire à un inconnu ce qu’on soupçonne se passer en nous… C’est regrettable que la prise en charge de la dépression du post-partum dépende à ce point de nos initiatives personnelles. Cela me défrise d’autant plus que j’ai l’impression qu’il suffirait collectivement de peu de choses pour éviter aux jeunes mères de traverser ce genre d’épreuves. Et c’est tout à fait insupportable ce déficit de structures et de prévention… Ce que tu dis de ton expérience de non prise en charge ne m’étonne pas malheureusement (et j’imagine que ce n’est pas sur le point de s’arranger avec les contraintes comptables qui pèsent sur la santé publique). Je suis contente pour toi que tu aies pu malgré tout être entourée par des professionnels bienveillants et compétents, cela me semble si important! Et ce tabou… oui, c’est odieux, c’est pour ça qu’il faut parler. Pas pour banaliser ou pour faire peur, mais parce que tout simplement ça existe et touche de nombreuses femmes. De mon côté aussi, silence radio – sauf dans ma famille à moi (mais il m’aura fallu quand même deux ans pour briser mon silence).

  • Reply Tanni Lou 23 octobre 2015 at 13 h 41 min

    Voilà un post qui méritait d’être écrit. De plus en plus de femmes prennent la parole et en parle. Mais les années passent et je constate encore que les mamans sont révoltées de la méconnaissance de la maternité et du grand chamboulement que cela provoque dans la vie d’une femme. Si les dépressions post natal sont forcément lié à l’intime, à l’histoire de chacun, il me semble que la société dans laquelle nous vivons entretien tout un tas d’images « lisses » et « plein de bonheur  » de la maternité. Toutes ces images ont remplacer les histoires de nos ancêtres. On ne se parle plus, maintenant on lit des tas de livres, de magazines, on regarde des émissions à la télé et on croit savoir…Même des émissions comme « les maternelles » véhiculent des images qui ne sont pas représentatif de la maternité. Aujourd’hui on vit dans une société où on aborde, on traite de sujets mais où on ne sait même plus dire à une jeune maman : « comment vas-tu vraiment ? » « Que ressens-tu ? » et « Est ce que je peux t’aider ? ». On offre des cadeaux au lieu d’offrir du temps, du soutien et de l’écoute. Aujourd’hui on veut voir le bébé parce que c’est « trop mimi » et puis on rentre chez soi, on passe à autre chose parce que le bébé des autres c’est « le bébé des autres ». Et puis chacun vit ses solitudes les uns à cotés des autres. C’est ça notre société. Et chacun croit que pour les autres c’est plus facile, qu’ils sont épargnés alors qu’eux aussi mettent leur masque.

  • Reply chloe 2 décembre 2015 at 17 h 20 min

    Bonjour,

    Votre article est bouleversant de vérité. Mon fils est né le 15 octobre et grâce à ma psy que je suis retournée voir après sa naissance, et qui ma tendu plus qu’une main, je suis en hopital mère enfant pour traiter ma depression post partum. J’ai une chance inouie et me serait retrouvée dans le déni je n’aurais jamais demandé l’aide. Je savais que ça tournait pas rond du tout, j’ai très mal vécu ma cesarienne et ce bébé dans ma tete c’était pas le mien. Je le rejetais… Cela n’a fait qu’exacerber une succession d’evenements dramatiques de ma vie que je croyais avoir mis de coté avec sa naissance. Et on se sent de plus en plus mal je le dis : C’est tres difficile à assumer. Il y a enormement de desilusions concernant la maternité et oui le chemin est long et il faut avoir le courage de se faire aider! J’ai de gros passages à vide mais je sais que le temps sera mon allié… Je vous souhaite a toutes plein de courage

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