Mère et fille. Une relation à trois.

8 septembre 2015

Oui, la relation entre une mère et sa fille est une relation à trois, non à deux. Je l’ai compris en devenant mère à mon tour. J’ai une mère et une fille, je suis moi-même fille et mère, et c’est dans cette relation triangulaire, par la médiation et le truchement de nos trois visages que se joue cette relation si riche et complexe, tendre et passionnée de la mère et la fille. J’emprunte cette idée au remarquable essai éponyme de Nathalie Heinich et Caroline Eliacheff. Je ne l’ai comprise que récemment, en en faisant l’expérience moi-même. Ce trio a toujours été, et sera après moi. Avant que je sois mère, c’était une autre triade que nous formions ma grand-mère, ma mère et moi. Et c’en sera une nouvelle quand, dans de longues années (j’espère), je passerai la main à ma fille.

Je n’avais à peu près aucune conscience de ce fait, et de l’importance de ce triangle avant la naissance de ma fille. Oui, il y avait bien ma grand-mère aussi. Mais c’était surtout ma mère et moi. Et puis mon regard et ma place ont commencé à se modifier au fur à mesure que mon ventre grossissait, et ont continué à muté une fois ma fille née.

Car mère et fille c’est une relation de transmission à la fois verticale et horizontale. Verticale car c’est un passage des générations, qui se succèdent dans le temps. Horizontale car c’est un apprentissage – de gestes, de paroles, d’attentions et de mille autres choses – qui s’effectue simultanément, pour nous trois.

sasha maman 3

L’arrivée d’un enfant n’est pas le simple ajout d’une monade supplémentaire dans la famille. Elle est reconfiguration de l’espace familial. J’étais fille de ma mère et me voilà mère de ma fille, ma mère devient grand-mère en voyant sa fille s’inventer mère. A nous d’écrire nos nouveaux rôles, à nous mère et fille de découvrir ces liens inédits.

Mais ce qui trouble dans cette recomposition c’est qu’elle fait remonter des instants de vie qui, pensait-on, appartiennent au passé. En devenant mère je me replonge dans mon enfance. Des souvenirs refont surface. Des blessures parfois, des manques, des pleurs. Des moments de fusion, et de joie immense aussi. En devenant grand-mère ce sont des instants de sa maternité qui, par le truchement de la mienne, reviennent à ma mère. Ses propres difficultés, ses solitudes, ses découvertes. Avec l’arrivée de ce bébé, c’est comme si nous étions traversées et transportées par notre passé, elle et moi. Un passé transfiguré, un passé qui grandit, bouge, évolue. Car moi sa fille, je deviens mère à ses côtés, sous ses yeux, dans ses pas. Je le sens bien, mon amour fou pour ma fille est aussi un amour pour ma mère. Quand je l’embrasse, quand je la cajole, quand je la caresse je retrouve les câlins de ma propre mère. Je lui dis aussi, à travers elle, à travers ce petit bout d’être humain que j’ai fabriqué, à quel point je l’aime cette maman à qui je n’ose plus tellement les dire ces mots d’amour. Je le sens bien, l’amour fou de ma mère pour sa petite-fille est un nouvelle langue pour me dire qu’elle m’aime sans l’oser, moi sa fille. Puisque nous, les adultes nous ne nous les disons plus ces doux mots d’amour. Nous ne nous les faisons plus ces câlins passionnés.

maman sasha 2

maman sasha

Cela ne m’avait pas plus interrogée que cela avant de devenir maman. Oui, j’avais grandi, je n’embrassais plus ma mère comme une petite fille ni ne lui faisais ces déclarations enflammées qu’elle et moi aimions tant. Mais, quoi? C’était bien normal. J’avais mis ça de côté. Bien sûr, il restait notre complicité, mais l’amour fusionnel, charnel de la mère et de son petit était parti, il avait évolué, grandi, pour autre devenir autre chose de plus discret, timide, pudique.

L’arrivée de mon enfant a perturbé ce train train, elle a tout remis et remet tout à plat. Un bouleversement. Elle agite, elle trouble, elle met sens dessus dessous. Apprendre à devenir mère, avec sa mère à ses côtés, et renaître en nouvelle fille pour elle. Vouloir tracer sa propre route, inventer sa maternité à soi, tout en ressentant un immense besoin pour son secours à elle dans ce bel apprentissage. De son côté à elle, accepter ce passage, cette naissance et cette renaissance. Devenir grand-mère. Aider sans brusquer, accompagner sans s’imposer. Murmurer des mots doux, des conseils. Et sentir entre nous ces émotions à nouveau vivaces renaître avec ce petit bout de vie que nous tenons dans nos bras – ce besoin de se toucher, de s’embrasser.

C’est une transmission délicate que celle de la maternité. Un art fragile, qui s’apprend tout doucement. Il peut y avoir des ratés, de la casse, des éclats. C’est normal quand on songe à ce qui est en jeu pour nous, filles et mères, mères et filles. En route on se découvre, on s’invente – un nouveau moi, une nouvelle relation. Je n’ai jamais autant eu envie d’apprendre de ma mère que depuis que je le suis également. Pas pour l’égaler, pas pour la dépasser. Mais pour partager, pour qu’elle me transmette ce qu’elle sait, ce que savent ses mains, ses doigts et ses yeux. La naissance de ma fille nous a fait renaître elle et moi, comme mère et fille. Nous ne revivons pas le passé, nous le ravivons, nous le retrouvons et le faisons briller au détour d’un jeu avec elle, d’un câlin sur le lit, d’un projet pour sa chambre.

Ma mère, ma fille et moi. Trois générations. Trois histoires. Trois temps qui se croisent et font désormais le présent.

Pour toi maman, et pour toi Sasha. Comme je vous aime.

****

Je vous souhaite une belle journée, et vous embrasse,

Cécilia

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13 Comments

  • Reply Maïthée 8 septembre 2015 at 12 h 27 min

    Merci pour votre article… c’est tellement touchant et cela met des mots sur ce que je ressens depuis la naissance de ma fille envers am mère et sur cette relation à 3. Je vais transmettre votre article à ma maman. Bonne journée.

    • Reply Cecilia 8 septembre 2015 at 12 h 28 min

      Merci Maïthée! Je suis très touchée!! Belle journée à vous et votre maman

  • Reply Gaëlle - LeDoubsHibou 8 septembre 2015 at 13 h 58 min

    Très belle article et jolie déclaration à votre maman 🙂 Magnifique !

    • Reply Cecilia 8 septembre 2015 at 14 h 02 min

      Merci Gaëlle ;-)!!

  • Reply Karische 8 septembre 2015 at 15 h 59 min

    Votre texte est très beau et m’a mis les larmes aux yeux. C’est tout à fait ce que je ressens avec ma mère et ma fille…Quelle douceur, quel amour, vous décrivez si bien ces liens particuliers! Maman si tu me lis, j’espère que ce texte te touchera autant que moi (j’en suis sûre!).

    • Reply Cecilia 8 septembre 2015 at 16 h 11 min

      Merci beaucoup!! Je suis incroyablement touchée!

  • Reply une vie en vrai 8 septembre 2015 at 21 h 51 min

    bientôt maman d’une deuxième petite fille, ton magnifique billet me bouleverse !

  • Reply Le Rire des Anges 9 septembre 2015 at 20 h 53 min

    C’est très touchant et tellement vrai! Je crois que je n’y ai jamais réfléchi ou n’ai jamais pris le temps! Il faut dire que la triade précédente était quelque peu amputée par la vie… J’espère un jour avoir une fille! Qui sait!

    • Reply Cecilia 11 septembre 2015 at 8 h 45 min

      Merci 🙂 Moi non plus je n’y avais jamais vraiment pensé avant d’avoir ma fille… mais maintenant ça fait un certain temps que j’y pense beaucoup!!

  • Reply working mum 11 septembre 2015 at 5 h 31 min

    C’est un très bel article amis aussi de jolis clichés!

    • Reply Cecilia 11 septembre 2015 at 8 h 46 min

      Oh merci beaucoup! c’est adorable!

  • Reply Milune 16 septembre 2015 at 18 h 01 min

    Coucou, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle, ou triangle ha ha ha le mauvais jeux de mot ! Mais ce que tu dis est vrai.

    J’organise un swap dans mon blog et pour ça il me faudrait quelques participant(e)s si ça te dit c’est par ici: http://milunenounou.blogspot.fr/2015/09/swap-de-lhiver.html

    Bonne fin de journée.

    Milune.

    • Reply Cecilia 17 septembre 2015 at 8 h 37 min

      😉 Un point de vue un peu original, c’est vrai!
      Merci pour la proposition, je file jeter un oeil! Belle journée!

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