Une clavicule, des toubibs et la maman

27 avril 2015

Jeudi dernier Sasha est tombée. Du lit, de notre lit. Pas de bien haut. Un lieu sûr et familier (oui, nous dormons toujours ensemble). Mais un peu trop près du bord, un peu déséquilibrée. Une minute d’inattention, maman qui rangeait des habits. Boum. Un bruit sourd et lourd. Sasha qui pleure. Des pleurs inhabituels pour cette vaillante petite guerrière. Oui Sasha pleure pour un oui ou pour un non, mais seulement pour un oui ou pour un non. Rarement quand elle se fait mal. En général deux trois larmes et ça repart. Là non. Elle pleure, elle ne s’arrête pas de pleurer. Et je me demande ce qui peut bien se passer : a-t-elle eu peur? est-elle vexée d’être tombée? j’écarte vite ces pensées. Oui Sasha se vexe comme un pou. Mais en général deux trois larmes et ça repart. J’attends, je la console, je la tiens contre moi. On regarde La reine des neiges pour se changer les idées.

Deux heures plus tard, elle pleure toujours quand elle change de position, surtout quand elle prend appui sur son bras droit ou que je la porte. Pour moi, c’est sûr y a un truc qui cloche. Ca me semble fou, moi qui ne me suis jamais fait mal. J’ai envie d’aller aux urgences, et en même temps j’hésite – l’attente, les dépenses inutiles (oui aujourd’hui on n’hésite pas à culpabiliser les mères stressées qui vont trop souvent chez le pédiatre ou à l’hôpital, leur signifiant au passage que leur flair de parent compte pour du beurre). Avant de nous décider on opte donc pour la prudence: on appelle SOS médecins. Je ne veux pas en dire du mal. Souvent ils me dépannent, souvent je les adore. Ils travaillent la nuit, le week end, ils sont toujours là. Mais ce ne sont pas des pédiatres, et ils sont pressés. Alors le diagnostic? Rien. Hmm j’étais sceptique. Mais face à la science du médecin que valait mon intuition de maman?… Je trouvais que son épaule droite était plus basse, que ses pleurs étaient inhabituels, qu’elle touchait toujours le même endroit et hurlait dès qu’on s’en approchait. Mais non, je devais me faire des idées, puisque son bras était mobile et qu’elle ne pleurait pas non stop. Car on dit que la douleur d’une fracture est inconsolable. Si elle s’était arrêté de pleurer c’est qu’elle n’avait pas si mal que ça, et si elle n’avait pas si mal que ça c’est qu’elle n’avait pas de fracture. De toute façon si elle avait une fracture, elle ne pourrait pas bouger le bras. CQFD. Rassurez-vous madame.

Ok, sauf que c’est faux. La fracture de la clavicule chez l’enfant n’implique pas forcément l’immobilité du bras. La douleur chez le tout petit enfant se manifeste très différemment. Et même la douleur de la fracture est moins intense.

Mais ça, je ne l’ai appris qu’après, en fouillant sur les cours des facultés de médecine.

On laisse passer le vendredi, le samedi, le dimanche… Elle va au parc avec sa nounou. Elle fait du toboggan. Elle court. Elle fait des galipettes. Elle est grognon. Elle pleurniche beaucoup. Je la gronderais presque. Elle hurle quand elle tombe. Et puis non, c’est sûr, ce toubib s’est planté. L’épaule est gonflée, les pleurs sont toujours là, toujours pour la même raison, et quand je touche sa clavicule délicatement je sens que c’est mobile. Je n’en sais rien mais au fond je sais: c’est une fracture de la clavicule.

Après quelques coups de fils, nous allons faire une radio à la Clinique où Sasha s’est fait retirer son naevus il y a à peine un mois… Lundi matin… 3 jours après la chute. Voilà, oui madame, c’est bien une belle fracture de la clavicule. Il n’y a rien à faire, c’est très banal, mais il faut être très prudent, éviter les chutes, la porter délicatement. Oui, c’est pour ça qu’elle était grognon, elle avait mal. Elle avait mal. J’aurais pu lui donner du paracétamol pour la soulager, ne pas l’envoyer au parc, faire en sorte qu’elle ne coure pas, veiller à toucher très délicatement son bras, lui interdire de grimper sur les coussins, la porter par la taille, etc. Mais non. Il n’y avait rien à faire ces trois jours et cependant tout à changer pour la comprendre, la soulager, la rassurer.

Je suis fâchée. Fâchée de ne pas m’être écoutée, fâchée de n’avoir pas insisté. Il a fallu que ma mère me dise au téléphone « c’est toi qui sait mieux que n’importe qui » pour que j’ouvre les yeux. Oui, elle a raison ma mère. Car bien que nous ne soyons pas médecin (enfin il arrive que l’on soit les deux à la fois, tant mieux!), nous connaissons mieux que quiconque notre enfant. Nous connaissons ses mille façons de pleurer et les mille tracas, bobos, chagrins qui leur correspondent. Nous connaissons son corps, l’allure de sa marche et ses moindres gestes. Nous connaissons chacune de ses moues. Et s’il est sensible ou gaillard. Nous connaissons notre enfant. Ce n’est pas un instinct, ce n’est pas une intuition. C’est une compétence. Une compétence construite sur une expérience et une connaissance unique. Et ça ne compte pas pour rien. Je ne me laisserai plus jamais persuader du contraire.

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8 Comments

  • Reply Rose comme trois pommes 27 avril 2015 at 19 h 50 min

    Courage à ta Sasha.
    C’est pénible cette crainte de paraître ridicule / de se faire engueuler, qui nous retient d’aller aux urgences. C’était pareil pour moi et pour la première crise d’asthme de Rose, je m’en suis voulue ensuite d’avoir hésité… Au final, tu as raison, il faut garder en tête qu’on les connaît, et que cet « instinct maternel » doit exister malgré tout. Et surtout qu’il vaut mieux se déplacer pour rien, que de passer à côté de quelque chose !

    • Reply ceciliabognon 27 avril 2015 at 20 h 23 min

      Merci pour elle! elle a l’air de gérer ça bien, c’est moi qui fait moins la maline… Tu as tellement raison!

  • Reply letrentequatre 28 avril 2015 at 9 h 11 min

    Beau témoignage, il s’est passé quelquechose de similaire pour moi, SOS médecin, c’est pratique mais ils sont parfois trop rapides dans leur diagnostic et j’ai également la culpabilité des urgences (va savoir pourquoi!) Il ne faut pas s’en vouloir on fait toujours ce qu’on croit le mieux pour nos enfants et c’est en faisant de (petites) erreurs qu’on apprend. Contente de savoir que ta puce va mieux, quelle courageuse en tous les cas!!!

    • Reply ceciliabognon 29 avril 2015 at 15 h 48 min

      Oui SOS médecin, ça dépanne bien, mais parfois ça ne suffit pas… Sasha encaisse bien, même si elle a du mal à rester tranquille, la pauvre… Elle a envie de jouer et de courir et de sauter…

  • Reply laurienoe27 29 avril 2015 at 17 h 28 min

    Oh je suis désolée pour votre petit chat, j’espère que ça va vite guérir. Mon loulou a fait une énorme chute il y a quelques mois et c’est vrai que dans ces moments là les Mamans sont les meilleurs docteurs. <3

    • Reply ceciliabognon 30 avril 2015 at 14 h 17 min

      Merci, c’est gentil! Tout à fait d’accord… 😉

  • Reply 9 jours. 5506 km. – Just a little girl 4 juillet 2015 at 23 h 58 min

    […] y a eu l’opération de Sasha (j’en parlais ici, et là) et sa fracture de la clavicule (ici). Il y a eu les attaques et les accusation blessantes concernant mon rôle de belle-mère. Et […]

  • Reply GabTiB 30 octobre 2015 at 16 h 51 min

    On hésite souvent à encombrer les urgences, on traine, on se dit parfois que son enfant en fait un peu trop!
    Moi mauvaise mère, j’ai laissé trainer ma fille pendant 3 jours avec un bras cassé…
    Ils ont de la ressource les enfants, surement plus que nous adultes.

    Sinon chouette blog, je le découvre par hasard et il me parle.

    Bonne continuation

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